Directrice du KunstenFESTIVALdesArts. 10e édition, à Bruxelles du 6 au 28 mai 2005
Avec pour nom un néologisme franco-néerlandais, le Festival dirigé par Frie Leysen aborde son territoire « par le milieu », comme une entité organique et multiple à la fois, contre toutes les crispations communautaires mais surtout comme un terrain politique ouvert sur le monde entier. Rencontre à Bruxelles, laboratoire des grandes mutations culturelles et des innovations artistiques des cinq continents.
Depuis dix printemps, le KunstenFESTIVALdesArts essaime dans tout Bruxelles ses programmations aventureuses et exigeantes, sans trop de soucier des disciplines et encore moins des identités trop marquées. Parmi les 36 projets proposés cette année, répartis dans 20 lieux, on croise des stars européennes comme René Pollesch, Rodrigo Garcia, Jérôme Bel qui viennent présenter leurs dernières créations. Mais, c'est avec une attention rare portée à la création contemporaine des autres continents, que le « Kunsten » a acquis sa saveur si particulière.
Fluctuat : Le KunstenFESTIVALdesArts fête son dixième anniversaire. Comment l'avez-vous vu grandir ?
Frie Leysen : Tout d'abord, quand je compare le contexte en Belgique aujourd'hui à ce qu'il était il y a dix ans, je vois, malgré des accidents de parcours, un climat communautaire plus serein. Je ne dis pas que c'est un acquis, ni que c'est grâce au Kunsten, mais je constate qu'il y a quand même un autre discours et une autre ouverture entre les deux communautés.
Ensuite, je pense que le festival aujourd'hui est davantage un festival de création que ce qu'il était il y a dix ans. Cette année par exemple, parmi les 36 projets que l'on propose, 15 sont des créations mondiales. L'ouverture internationale est aussi de plus en importante, et la volonté de présenter la création contemporaine de cultures non-européennes, avec de jeunes artistes venus d'Asie, d'Amérique Latine ou d'Afrique. C'est très important de présenter en Europe ce qui se crée là-bas aujourd'hui. Il faut vraiment arrêter de montrer toujours les cultures non-occidentales comme exotiques ou folkloriques, pour travailler contre cette ignorance inquiétante dans laquelle l'Occident se complait envers le reste du monde. Cette année par exemple il y a beaucoup de jeunes artistes thaïlandais : la Thaïlande dans l'imaginaire européen, c'est la plage, c'est un jardin d'été. Mais il y a un pays à l'intérieur, avec de grandes mutations culturelles en cours et une vie artistique électrique et excitante.
Comment le Kunsten se positionne-t-il aujourd'hui par rapport aux querelles communautaires entre francophones et néerlandophones, après en avoir été la cible par le passé ?
La volonté d'être une plateforme bilingue et intercommunautaire était là dès le départ, afin de clamer tout haut notre désaccord avec les tendances politiques qui prêchaient la séparation. Depuis le début, nous travaillons avec des artistes et des partenaires financiers des deux communautés, et présentons les spectacles dans des lieux et pour des publics néerlandophones comme francophones. C'est vraiment un point fondamental pour notre festival : je veux que, dans cette capitale européenne qu'est Bruxelles, francophones et flamands parviennent à travailler ensemble, pour être les hôtes d'artistes venus du monde entier.
Quelle est votre perception aujourd'hui de la vie artistique et culturelle bruxelloise ?
C'est une ville très excitante, à la charnière entre les cultures latine, germanique et anglo-saxonne. J'y trouve des énergies artistiques et émotionnelles vraiment fortes : si l'on regarde le nombre d'artistes, l'énergie et le talent qu'il y a à Bruxelles, c'est vraiment impressionnant. Pourtant, on la connaît davantage comme capitale politique et administrative, que comme un pôle de création.
Au propos de contexte politique, vous avez récemment attiré l'attention sur l'immobilisme politique qui a suivi les attaques proférées par le Vlaams Belang à l'encontre, du Koninklijk Vlaams Schouwburg (le Théâtre Royal Flamand) et d'autres lieux, au sujet du prétendu élitisme de leur programmation. Y a-t-il eu des réactions, des prises de conscience depuis ?
Non, pas vraiment, mais ça s'est calmé ces derniers temps. Ce qui nous inquiétait beaucoup, au Kunsten, c'est que l'on attaque toujours le monde des arts et de la culture comme étant parfois élitaires, mais qu'en même temps on ne questionne pas et on n'attaque pas les véritables élites, qui sont financières et politiques, alors que nous sommes convaincus qu'elles sont bien plus nombreuses et dangereuses.
Pouvez-vous éclairer le credo de cette édition du festival : « le KunstenFESTIVALdesArts suit la ligne du temps » ?
Les programmateurs du Kunsten ne travaillent jamais avec des thèmes déjà fixés, mais cette année, on s'est pourtant aperçu que la question du temps était un fil rouge commun à beaucoup de projets. Ainsi, des cinéastes asiatiques comme Yang Fudong ou Apichatpong Weeraethakul, utilisent dans leur film une notion du temps que l'occident ne connaît pas du tout. Dans un univers à priori très différent, puisque c'est celui de l'opéra baroque, le projet Gli amori d'apollo e di dafne de Béatriz Catani parle également du temps, celui qui passe, qui nous casse. Et bien sûr, il y a les spectacles de la série Proust par Guy Cassiers basés sur A la recherche du temps perdu. Et à ce propos, si beaucoup de francophones pensent que ce n'est pas possible que l'on puisse jouer Proust en néerlandais, je voudrais vraiment les inviter à venir voir ce travail magnifique.
KunstenFESTIVALdesArts
10e édition
A Bruxelles du 6 au 28 mai 2005
'festival pass' : 125 € (€ 100 au tarif réduit)
T. : + 32 (0)70 222 199
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Les 30ème Trans Musicales de Rennes
Une 30ème et belle édition pour les Trans Musicales de Rennes. Une prog transgenres et transcendante avec Esser, John & Jehn, Ebony Bones, Birdy Nam Nam, Minitel Rose,...
Lykke Li au Trabendo
Pour ceux qui auraient raté la révélation pop suédoise de cette année, séance de rattrapage le 9 décembre au Trabendo, à Paris. Paraît que la dernière fois, la jeune...