Organisée par l'ARC, département contemporain du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Du 7 avril au 7 mai 2005
Témoin attentif du très vif regain d'intérêt porté au dessin, le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris convie une vingtaine de jeunes plasticiens à investir le Couvent des Cordeliers. L'exposition « I still believe in miracles - Dessins sans papier » tente de sortir des sentiers battus en mettant en valeur deux alternatives à la pratique traditionnelle : le walldrawing et l'animation.
Abordable de manière rapide et légère, sans budget conséquent, le dessin apparaît comme un médium de choix pour de nombreux jeunes artistes. L'envisageant hors de son traditionnel emploi (l'esquisse préparatoire sur papier), la plupart d'entre eux s'adonnent à des recherches purement esthétiques ou l'approchent par le biais de formats préexistants comme le dessin animé, la caricature de presse… Consciente de cette tendance, l'équipe curatoriale du MAM - composée de Laurence Bossé, Anne Dressen, Angeline Scherf et Hans-Ulrich Obrist - invite de jeunes créateurs, âgés de vingt-quatre à quarante-quatre ans, à s'emparer des murs du Couvent des Cordeliers. Certains empruntent la voie du walldrawing (dessin mural réalisé in situ et renouant avec les origines du dessin : art pariétal, fresque, papier peint…), d'autres celle de l'animation.
Walldrawings
Directement dessinés sur les cimaises de l'espace pensé par Rirkrit Tiravanija pour sa récente rétrospective, dix walldrawings forment un ensemble assez hétéroclite.
Baignant depuis une quinzaine d'années dans l'univers underground des night clubs londoniens, le graphiste Donald Urquhart propose Nocturne, un « plaisir sérieux », leucographique, aussi massif qu'impeccablement exécuté. Un imposant rat mutant surveille une contrée lunaire, d'apparence glaciale…
De manière beaucoup plus aérée, le caricaturiste de presse alternative roumain Dan Perjovschi et le plasticien français Sammy Stein procèdent par accumulation de petits fragments anecdotiques. S'inspirant de l'actualité, le premier dessine au marqueur noir - des plinthes jusqu'au plafond - et pointe avec humour quelques faits divers : les dérives du système néo-capitaliste, l'indifférence des Français face à la constitution européenne, la grève des étudiants de la fac de Médecine voisine… Le second, davantage séduit par les mythologies personnelles, exécute deux « fresques autocollantes ». L'une à partir d'énigmatiques dessins esquissés par ordinateur et légendés au feutre (le plus souvent des personnages torturés : une fillette à six bras, un prince en slip…), l'autre située dans les sanitaires et composée de petits stickers en forme de cœur ou à forte connotation sexuelle.
Les autres bonnes surprises sont à découvrir dans les walldrawings s'écartant des stéréotypes émergents. Ainsi, par exemple, le jeune Autrichien Constantin Luser réussit à nous surprendre avec son graphisme futuriste et sa très minutieuse technique aux traits redoublés et décalés. Dans un premier temps perdu dans les dédales de lignes, notre regard tente de se focaliser sur une zone (tête, circuits électroniques, avion, papillon, flèches…) et opère progressivement une mise au point pour nous en faire percevoir la tridimensionnalité.
Tout aussi déroutante, la série des trois vignettes murales de Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau parvient à semer le trouble dans nos esprits. Une nouvelle fois, les deux trublions nantais nous proposent l'inverse de ce à quoi nous nous attendons : une thématique résolument idiote - une fillette et son chien prenant des poses ridicules - et le dessin d'un cadre autour de leurs motifs (remettant ainsi en question la présupposée idée de liberté offerte par le mur par rapport à la toile).
Dessins d'animation
Confrontée aux walldrawings, une quinzaine de dessins d'animation - de cinq secondes à douze minutes - est diffusée en boucle dans trois box ainsi que sur trois moniteurs. Tant par les ambiances qui s'en dégagent que par le soin apporté au rendu, trois petits bijoux vidéographiques se démarquent au sein de la sélection.
Sur un ton particulièrement acerbe, Happiness (finally) after 35.000 Years of Civilization (2000-2003) du vidéaste Hong-kongais Paul Chan entremêle la pensée hédoniste de Charles Fourier (1772-1837 - bio sur le site de la BNF) à l'univers pictural du peintre américain Henry Darger (1892-1973 - cf. les quelques peintures reproduites sur la page de la Carl Hammer Gallery). Batifolant toute la journée dans une nature paradisiaque et s'adonnant à des fêtes orgiaques la nuit, une communauté de jeunes hermaphrodites vit en parfaite harmonie. Malheureusement, elle ne tarde pas à subir les persécutions d'une troupe de soldats obéissant aveuglement aux ordres d'un général dictateur désaxé. Le pays brûle, les habitants sont torturés sous le regard impassible du clergé... cela jusqu'à attiser la colère divine.
Dans un registre beaucoup plus énigmatique, Virginie Barré et Stéphane Sautour proposent une obsédante vidéo numérique en Flash, Rouge Total (2001). Sans fil narratif, celle-ci est simplement constituée de trois plans séquences distincts : le sommeil d'un nourrisson, une flaque de sang s'échappant d'un homme étendu et recouvrant toute la surface de l'écran, ainsi qu'un ensemble d'allusions à Shining (Danny sur son tricycle, le motif du labyrinthe…). Grâce à une efficace mise en scène cinématographique, l'animation réussit à brillamment mettre en valeur le très singulier univers plastique de Virginie Barré ; notamment marqué par la propension pour les huis clos angoissants, les cadavres, le mystère kubrickien et la perte de repères hitchcockienne.
Enfin, sur un rythme nettement plus voluptueux, le jeune plasticien Benoît Broisat (entretien) nous offre un langoureux dessin de mémoire de sa ville natale, Bonneville (2004). Tentant de « restituer un rapport sensible aux souvenirs des espaces et des lieux », l'artiste a patiemment exécuté plus d'un millier de dessins au marqueur noir puis les a savamment agencé via un logiciel d'animation 3D. Le résultat, une lente et silencieuse promenade par travellings, nous plonge dans les allées du cimetière, une salle de classe déserte, la forêt savoyarde environnante… Le tout, sous une très poétique averse de neige…
- Lire aussi l'entretien exclusif avec Benoît Broisat
- Agenda : Pour en voir et en savoir plus…
I still believe in miracles - Dessins sans papier
Du 7 avril au 7 mai 2005
Couvent des Cordeliers
15, rue de l'école de Médecine - 75006 Paris
Du mardi au dimanche : 12h - 20h
Plein Tarif : 4,50 € / tarif réduit : 3 €
Renseignements: 01 53 67 40 00
Illustrations (de haut en bas)
- Sammy Stein, Sans titre, 2005, Wall drawing, Courtesy de l'artiste
- Donald Urquhart, Nocturne, 2005, Wall drawing, Courtesy Herald St & Maureen Paley, Londres, Photo : Marc Domage
- Petra Mrzyk & Jean-François Moriceau, Sans titre, 2005, wall drawing, Courtesy Galerie Air de Paris, Photo : Marc Domage
- Paul Chan, Happiness (finally) after 35,000 Years of Civilization - after Henry Darger and Charles Fourier, 2000-2003, 18'35", Courtesy Greene Naftali Gallery, New York
- Benoît Broisat, Bonneville, 2004, 12', Courtesy de l'artiste
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