Une fée est invitée à déjeuner cher Gertrude Stein : elle se prépare, se rassure devant l'épreuve qui l'attend. Elle révise mentalement : qui est Gertrude Stein ? Où est-elle née ? Quand ? Et déjà tout se brouille... Une oeuvre onirique et virtuose, à la polyphonie énigmatique parfaitement orchestrée.


- Lire aussi le dossier Le Son mis en scène
[Extraits mp3 / Entretien avec Ludovic Lagarde / Portrait de David Bichindaritz]

Debout dans un halo de pénombre qui se détache sur une scène totalement obscure, Valérie Dashwood semble flotter dans les airs et se prépare à une rencontre décisive. Car cette fée est aussi une performeuse et espère marquer un grand coup auprès de Gertrude Stein et des habitués de son salon. Et la voilà au 27, rue de Fleurus à Paris, accueillie par la gouvernante et compagne de Gertrude, Alice B. Toklas. Là, un décor se fait jour : un salon meublé à l'ancienne, des motifs floraux gris sur des murs noirs. Et la pénombre encore. Tout baigne dans une atmosphère d'inquiétante étrangeté.

Alice et Gertrude sont jouées par Laurent Poitrenaux et Philippe Duquesne. La virtuosité vocale de Laurent Poitrenaux est impressionnante : conduisant la fée dans le labyrinthe que constitue l'appartement de Gertrude, Alice prend un ton tour à tour caressant et dédaigneux, tandis que ses circonvolutions verbales tissent comme une toile d'araignée autour de la fée qui, médusée, est devenue mutique. L'entrée de Gertrude marque l'ouverture d'un troisième mouvement : la parole enfin va circuler et les deux femmes vont se livrer une bataille oratoire dont la fée, d'abord prise à parti, deviendra l'arbitre.

Devant un public composé de Gertrude, Alice et d'invités aux couleurs chatoyantes et aux poses alanguies, la fée donne enfin ses performances qui sont autant de scènes vécues ou imaginées dont elle est à la fois l'actrice et la narratrice. Translatée en quelque sorte du salon au balcon (ce n'est pas elle qui se déplace mais les lieux qui se transforme autour d'elle), la voilà prête à s'envoler - du moins le craint-on - ou à se jeter dans le vide. Et c'est Gertrude qui vient, par la parole encore, lui faire reprendre pied sur la terre ferme.

Mais est-on bien sur terre ? Construction onirique parsemée de fragments de réalité, époques se télescopant dans un curieux voyage dans le temps, lieu qui évolue au gré des variations de la luminosité, niveaux de narrations imbriqués les uns dans les autre, tout cela défie les lois de la logique et pourtant le spectacle, comme toutes les mises en scène de Ludovic Lagarde, est réglé selon une ordonnance millimétrée. Tout en restant une œuvre énigmatique, Fairy Queen écrit, au cours de son déroulement, les règles de sa propre sémantique.

Fairy Queen
Texte d'Olivier Cadiot
Mise en scène Ludovic Lagarde
Au Théâtre national de la Colline
jusqu'au 18 mai 2005

:
un dossier spécial "Le Son mis en scène" sur Fluctuat.net revient sur Fairy Queen :
A l'écoute : 5 extraits mp3 des spectacles Le Chant d'amour et de Fairy Queen

Introduction : Invisible, la bande-son au théâtre ?
Entretien avec Ludovic Lagarde, metteur en scène de Fairy Queen
Portrait-entretien de David Bichindaritz, à la fois compositeur de la bande-son et ingénieur du son (mix des effets sonores en direct) du spectacle
Reportage-entretien avec Roselyne Bonnet des Tuves & Denis Chabroullet du Théâtre de la Mezzanine (Le Chant d'amour)
Entretien avec Daniel Deshays, ingénieur du son et responsable de formation à l'ENSATT (De l'écriture sonore, 1999)

Julie de Faramond




- Lire la chronique de Retour définitif et durable de l'être aimé (Olivier Cadiot, 1999)
- Lire la chronique du Cercle de craie caucasien (2001)
- Lire la chronique du Colonel des zouaves (1999).
- Lire l'interview de Ludovic Lagarde (Le Cercle de craie caucasien, 2001).
- Sur le site de la Colline : accès direct (présentation et extrait vidéo).

|   Bande son >>>



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