Les 6 et 7 avril 2005 dans le cadre de 100 dessus dessous, 2e édition (le festival continue jusqu'au 12 avril 2005)
100 dessus dessous expose le travail chorégraphique et théâtral d'artistes européens émergents. Les deux compagnies présentées hier et avant-hier ne sont pas à proprement parler composées de jeunes inconnus, mais elles sont restées en retrait des esthétiques dominantes. Et c'est précisément de positionnement que traitent leurs pièces, entre dénonciation avortée et dérision.
La soirée commence au Centre Pompidou, avec le groupe franco-autrichien Superamas. Le début fait craindre l'une de ces critiques sages de la société de consommation, envahies par le zapping et la superficialité qu'elles dénoncent. Mais les acteurs-danseurs dynamisent le genre, notamment par un jeu habile sur la bande-son et la vidéo. La répétition lancinante de scènes inspirées de séries télé ou de reality shows interroge le sens de ces « lieux communs » et, surtout, révèle une part du langage corporel de notre époque : une fois la bande-son coupée, une simple discussion devient une véritable chorégraphie. Des états de corps inouïs surgissent, aussi étranges que ceux qui nous frappent dans certains films d'ethnologues. Une brèche s'ouvre au cœur d'interactions sociales classiques : quand le mouvement et la parole se disloquent, l'absurde n'est pas loin, la violence non plus.On attendrait alors un message politique sur les codes sociaux, à la fois vides et fascinants, qui fournissent la matière de la pièce. Superamas s'en sort par une pirouette : après les applaudissements, la seule femme du groupe est prise d'un malaise, un acteur la soutient. Sur l'écran s'affichent les légendes : « je suis mal à l'aise, la société de consommation, tout ça : nous ne prenons pas vraiment position… » La dérision assumée, en guise de conclusion.
Chez Yves-Noël Genod, la pirouette survient dès le début : « Ce soir, je suis récupéré. Mais dans deux jours, je pars en vacances ! » Télérama a publié une pleine page sur lui. En outre, les programmateurs se sont déplacés - quel dommage, il ne pourra pas en dire du mal. Malgré tout, il met en branle une véritable machine à laminer, qui ne l'épargne pas lui-même. Il nous livre des bribes de scènes mal raccordées, avec des invités dont il n'a pas inscrit le nom dans le programme : « je ne suis pas sûr qu'ils viennent » justifie-t-il. Bref : il refuse de produire un spectacle. Pourtant, Yves-Noël Genod n'est pas du genre à s'enfermer dans une règle - fût-elle le refus de la règle. C'est alors un non-spectacle magistral, où l'ironie et l'affectation conduisent non à la distanciation, mais à une adhésion totale, dans le plus pur rapport traditionnel entre l'acteur et le spectateur. Car le trouble naît devant l'improvisation non feinte : on prend peur devant l'artiste-démiurge qui terrorise son équipe, on est sidéré par ses ridicules au point d'y croire. On rit beaucoup devant certaines parodies - deux commentateurs qui dissertent avec enthousiasme sur les caleçons d'un danseur- mais on ne sait quoi penser lorsqu'on s'ennuie pour de vrai et que le maître de la soirée affecte de ne rien maîtriser. La dérision mène à l'adhésion la plus sincère, la frontière entre la personne et le personnage est réellement brouillée. Le « non à la spectacularisation » trouve ici une complétude à la fois jubilatoire et dérangeante.
Big, 2nd episode (show/business)
Superamas
Lacroix n'est pas Dieu
Yves-Noël Genod and guests
Présentés au Centre Pompidou et à la Maison de la Villette les 6 et 7 avril 2005
Le festival 100 dessus dessous se poursuit jusqu'au 12 avril 2005
T. 01 40 03 75 75
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