Une plongée dans la musique brésilienne des origines jusqu'à nos jours, à travers un parcours un rien didactique, mais parsemé de quelques bijoux sonores et visuels, témoins émouvants des liens indéfectibles entre un pays et la musique qui, depuis cinq siècles, ne cesse de refléter son identité.


- Lire aussi l'entretien avec Dominique Dreyfus, Commissaire de l'exposition MPB : Musique Populaire Brésilienne
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Dès la première salle de l'exposition « MPB, Musique Populaire Brésilienne », on est tout de suite dans le vif du sujet : en fond sonore, des riffs de guitare, des passages hip-hop, des sons électros et des accents brésiliens dans les chants. Tendant l'oreille aux nouveautés de la scène musicale actuelle brésilienne, on se concentre toutefois sur les premiers tableaux évoquant les origines du Brésil, de sa culture, de son peuple, et donc de sa musique. Où l'on découvre l'évolution des genres musicaux, évolutions fortement liées à l'histoire du Brésil, à la recherche et à l'affirmation progressive de son identité, et même à sa géographie, les styles de musicaux étant indéfectibles de la région d'où ils proviennent.

L'exposition est composée de cinq salles, comportant chacune de nombreux textes descriptifs, mais aussi des tableaux, photos, vidéos, complétés par une bande sonore diffusée dans un casque et permettant de ressentir enfin ce que tant d'explications essaient de communiquer. Le parcours de l'exposition est linéaire. On commence par les origines, puis on suit l'apparition successive des genres musicaux nés du métissage des trois cultures qui se sont développées sur la terre de braise : amérindienne, européenne, noire. Trois styles de musiques sont mis en avant : le choro, la samba, le baiao (lire l'entretien avec Dominique Dreyfus). Puis ces musiques populaires localisées deviennent réellement brésiliennes, diffusées nationalement et internationalement à travers les médias, les revues musicales, le cinéma, le disque et le carnaval ; la naissance de la bossa-nova, symbole de la démocratie et de l'ouverture du Brésil au monde ; et l'émergence du mouvement Tropicaliste, en opposition à la dictature militaire subie par le pays entre 1964 et 1984. La dernière salle est consacrée aux artistes actuels, de Marcelo D2 à DJ Dolores, en passant par Seu Jorge ou Naçao Zumbi.

Pour qui s'y connaît un peu en MPB, il n'y a pas vraiment de surprise dans l'exposition : la présentation reste sommaire, hormis dans la salle des origines où les documents sont apposés sur du bois presque brut, et l'ensemble est présenté de façon assez scolaire. Néanmoins, le néophyte pourra apprécier ce cheminement chronologique qui permet d'entrevoir que Brésil et musique ne font souvent qu'un, que l'un n'existe et n'évolue pas sans l'autre. De plus, la richesse de la documentation permet de saisir que la musique est, notamment depuis la publication du Manifeste anthropophagique de Oswalde de Andrade en 1928, un véritable baromètre de la société brésilienne : ainsi la bossa-nova, née dans les quartiers chics de Rio, apparaît sous la présidence de Juscelino Kubitschek (1956-1960), période d'essor économique où une nouvelle classe éduquée commence à bénéficier de l'estime d'elle-même et des pays occidentaux.

Mêlée aux commentaires, cette musique fait son effet sur les visiteurs. Certains d'entre eux, casque sur les oreilles, remuent les hanches devant un documentaire sur la samba, tapent du pied, tournoient au rythme de l'accordéon du maître du baiao Luiz Gonzaga. Des enfants, les yeux écarquillés, s'agglutinent devant le grand écran où défilent les chars bariolés du carnaval de Rio. Comme eux, on se surprend à ralentir sa marche devant quelques photos, attiré par le regard intense de ce paysan du Nordeste qui semble oublier sa misère dans les rythmes du baiao ; ou séduit par cette femme noire, sublime de classe, portant ombrelle et robe blanche sur le bitume et prête à défiler hiératiquement pour le carnaval ; dérouté encore par les paroles de la chanson d'Ary Barroso, Aquarela do Brasil, traduites pour le public et illustrant l'amour passionné que la musique brésilienne exprime pour son pays : "Mon Brésil brésilien / mon métis intriguant / je vais te chanter dans mes vers".

Un peu plus loin dans l'exposition, sons et images continuent de fusionner pour confirmer l'inscription internationale de la musique populaire brésilienne, en même temps que sa dimension politique. Les expériences électriques et psychédéliques de Caetano Veloso ou Gilberto Gil forment un fond "Tropicaliste" sur lequel défilent les vidéos des manifestations réprimées par le régime militaire. On ressent l'amour brûlant d'un peuple pour son pays, malgré le racisme, les inégalités sociales, la misère. Partant de son objet musical, l'exposition est si riche de matière sensible qu'elle ouvre sur une expérience possible, forme naissante d'un Brésil éprouvé.

Emilie Paul & Benjamin Bibas

MPB, Musique Brésilienne Populaire
exposition et concerts à la Cité de la Musique
du 17 mars au 26 juin 2005
Parc de la Villette, 221 avenue Jean-Jaures, 75019 Paris
T. 01 44 84 44 84

Illustrations :
- (Top) Samba à la Gafieira Estudantina de Rio de Janeiro. Photographie José Medeiros (1921-1990) - Rio de Janeiro, Funarte. Courtesy Cité de la Musique 2005.
- Gilberto Gil en exil à Londres en 1970. Photo DR
- Carnaval de Rio vers 1950. Photographie de Marcel Gautherot. Rio de Janeiro, Instituto Moreira Salles
Courtesy Cité de la Musique, 2005

Emilie Paul




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