Very Bad Things de Peter Berg

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Déluge d'hémoglobine dans le désert

L'histoire : une virée entre potes qui tourne mal. Le principe est connu, usé jusqu'à la corde, mais rajeuni ici par l'outrance et le parti-pris jusqu'au-boutiste de la mise en scène, efficace et dynamique, et du scénario, aussi cruel que déjanté.

Ainsi, cinq amis, des américains moyens, bureaucrates ou agent immobilier, vont enterrer la vie de garçon d'un des leurs, à Las Vegas. On s'y adonne au jeu, à la drogue, au sexe pour le plus jeune, et aussi le plus immature, qui dans un mouvement brusque ne manque pas d'accrocher la strip-teaseuse à un porte-manteau. Un mort, puis deux avec le vigile qui découvre le corps. On part les enterrer dans le désert, le temps finira bien par effacer "l'accident". Mais le remords et la peur d'être découvert, la paranoïa, ne tardent pas à se manifester, révélant en chacun une part d'ombre insoupçonnée et jusque-là "insondée". C'est la crise, la panique, la spirale et la montée de la violence: l'amitié s'envole, la cruauté et la lâcheté font surface, ou plus simplement, les réflexes élémentaires de survie.

Le thème est classique, le développement guère plus original, si ce n'est qu'il vire ici au jeu de massacre tendance "gore" plutôt qu'au huis-clos psychologique, lutte des consciences et tout le tintouin. On ne fait pas dans la métaphysique, encore moins dans la dentelle : les cas de conscience confinent à l'hystérie et le machiavélisme (Christian Slater, très bon) à la psychopathologie. L'introspection est évacuée au profit de la grimace, de la gesticulation et du kung-fu, ce qui n'empèche pas les acteurs de réaliser dans ce domaine de jolies performances ; il est évident, visible à l'écran, qu'ils y prennent plaisir. N'oublions pas l'hémoglobine, elle coule à flots.

Tous ces éléments, s'ils ne sont pas du meilleur goût, portent le film avec une incroyable vigueur : tout marche, tout saute et tout rebondit dans la joie et la bonne humeur, la bétise et la méchanceté. La fin, parfaitement logique clôt le film de façon pertinente, mais on se dit que la méchanceté un peu gratuite et systématique du film est, à ce moment là, à son comble; on éprouve comme un sentiment de trop-plein. Serait-on allé trop loin? Cet humour n'est pas sans évoquer Albert Dupontel, cette tendance nouvelle de la comédie "jeune", toute en cynisme et en désinvolture. De la pure "déconnade".

Very bad things
De Peter Berg
Avec Christian Slater, Jeanne Tripplehorn, Cameron Diaz
Etats Unis, 1998, 1h40.

Sylvain Bonnafoux Le 17 February 1999

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