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Cosigné par Pete Travis et Paul Greengrass, réalisateur de Bloody Sunday, Omagh retrace avec dignité le combat des familles des victimes de l'attentat qui a eu lieu dans cette petite ville d'Irlande du Nord en 1998. Ou comment l'exigence de justice se heurte parfois aux contraintes politiques de la paix.
Diffusé en mai 2004 sur la chaîne de télévision britannique Channel 4, Omagh, premier long-métrage de Pete Travis, dissèque l'histoire de ce combat pour la justice et contre l'impunité. Il le fait à travers l'histoire vraie de la famille Gallagher dont le fils Aiden, 21 ans, a été tué dans l'explosion. Le scénario est signé Paul Greengrass, réalisateur de Bloody Sunday (Ours d'or à Berlin en 2002), qui évoquait le dimanche 30 janvier 1972 au cours duquel l'armée britannique tua 13 personnes en réprimant une marche pacifiste catholique dans les rues de Derry. Si Greengrass a laissé la caméra à Pete Travis, il faut donc voir Omagh comme le deuxième volet d'un diptyque qui interroge le pouvoir du cinéma à rendre compte, mais aussi à influer sur le cours de l'Histoire.
D'emblée, le récit nous entraîne à la suite du père de Aiden, Michael (brillamment interprété par Gérard McSorley), qui cherche son fils dans les décombres de l'explosion, à l'hôpital, le retrouve à la morgue et le met en terre entouré de sa femme et de ses deux filles éplorées, pendant que les médias frappent à leur porte et que l'enquête révèle ses lacunes. Car aussi bien du côté britannique que du côté irlandais, on a tout intérêt à ce que les coupables restent impunis pour ne pas risquer de compromettre les accords de paix dits du « Vendredi saint » signés quelques semaines auparavant.
Tourné caméra à l'épaule, sans éclairage artificiel, sans musique, le film est sans fioritures. Sobre et pudique, il est conçu comme un documentaire collant à la réalité du drame avec une caméra qui zoome et balaye le champ pour donner un effet de réel oublieux de la mise en scène. Tout dans ce cinéma « signal d'alarme » tend à démontrer l'inefficacité de la police irlandaise et des autorités britanniques, celles-ci ayant pourtant été alertées par un informateur de l'imminence d'un attentat à Omagh.
Au-delà de la lutte de la famille Gallagher déchirée entre son deuil, la réparation du traumatisme et la quête de la vérité, Omagh postule que dans toute guerre, la paix durable ne peut s'établir qu'à condition que justice soit faite. Il arrive aussi à point nommé. Dans quelques semaines, les familles des victimes seront au tribunal après avoir assigné en justice 18 suspects. Dans les prochains jours, Michael Gallagher devrait rencontrer Tony Blair. Il lui demandera une enquête publique et indépendante irlando-britannique, afin de savoir ce qui s'est vraiment passé à Omagh. Le film de Pete Travis et Paul Greengrass a le mérite de donner un éclairage très digne sur ce drame et d'informer le public irlandais, britannique et international d'un combat, tout en rappelant la fragilité du processus de paix.
Omagh
Un film de Pete Travis
Royaume-Uni/Irlande, 2004
Durée : 1h46
Avec Stuart Graham, Gerard McSorley, Michèle Forbes
Prix du meilleur scénario et prix CICAE du Meilleur
Film Européen au Festival de San Sébastian en 2004
[Illustrations : Omagh de Pete Travis. Photos © Haut et Court]