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Stalingrad de Jean-Jacques Annaud

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Beau spectacle mais ennuyeux

Réunir à l'affiche Jude Law ( Existenz ), Joseph Fiennes (Shakespeare in love) et Ed Harris (Apollo 13), renouer avec Alain Godard, le scénariste de Le Nom de la Rose et de Sept ans au Tibet, laissait présager un long métrage de grande qualité.

Au final pourtant, pas de quoi épiloguer indéfiniment sur Stalingrad (Enemy at the gates), la dernière livraison de Jean-Jacques Annaud. Sur cet échiquier où se joue en 1942 le destin de l'Europe, dans cette foire aux chimères, Jean-Jacques Annaud, inspiré du livre de William Craig, Vaincre ou mourir à Stalingrad, retrace le parcours de Vassili Zaitsev (Jude Law), un jeune tireur d'élite, qu'un officier politique (Joseph Fiennes) érige en héros. Donc, pour les besoins de la propagande soviétique, Zaitsev fait désormais office de porte-drapeau, de conscience d'une Armée rouge en déroute devant le rouleau compresseur allemand. Mais de chasseur de tête qu'il était, il devient la proie, à son tour, de son homologue allemand, le Major Konig (Ed Harris).

Hélas, la mécanique s'enraye vite. Alourdi par un scénario anémique qui peine à sortir de l'ornière hollywoodienne, entendez par-là une fresque frelatée, Stalingrad ne se démarque pas des poncifs du genre, et s'il ne prête pas le flanc au moralisme, il véhicule tout de même des archétypes. Que l'anecdotique rejoigne l'épique, qu'un anonyme transcende le pathos collectif constitue la pierre de touche de cette reconstitution historique. Ce jeu des distances, cette alternance des points vues (on passe sans cesse du panoramique au gros plan) sont à l'abord intéressants mais mal exploités, la psychologie cédant le pas au spectaculaire.

Apocalypse, boucherie monstrueuse, hécatombe d'un réalisme absolu, l'atmosphère de Stalingrad a beau être soignée, la facture formaliste, les schémas scénaristiques éculés, empêchent d'y adhérer totalement. Assorti d'un chapelet de clichés, d'une idylle au parfum de rose primesautier, d'un clin d'œil final à Ennio Morricone en forme d'Happy end, de dialogues pesants, Stalingrad, avec ses échos spielbergiens de Il faut sauver le soldat Ryan, n'est guère convaincant. Pas plus que Jude Law et Joseph Fiennes d'ailleurs : sous des dehors enjôleurs, ils sont, à l'image du film, sans épaisseur. Comédiens aux registres étoffés, pour l'occasion ils ne sont pas très authentiques. Pour dire vrai, si peu crédibles. Quant à Ed Harris, seigneur de la guerre sans états d'âme, il tire à peine plus son épingle de ce jeu de massacre.

Tape-à-l'œil mais classique, réaliste mais académique, Stalingrad ne parvient pas à nous captiver. Pire, le théâtre des opérations, ruines, cadavres et décombres, se transforme en une arène où s'affrontent les deux tireurs d'élite dans un duel façon Sergio Leone. En définitive, cette fresque est une danse tragique mais vaine, un beau spectacle mais un spectacle ennuyeux.

Stalingrad
De Jean-Jacques Annaud
Avec Jude Law, Rachel Weisz, Joseph Fiennes
Allemagne / Royaume Uni / Irlande / Etats Unis, 2000, 2h10.

Anthony Dufraisse.

Sur le web : - Le site de Jean-Jacques Annaud.