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Qu'est-ce qui peut bien pousser un homme à réaliser un film ? Cette question étrange, nous nous la posons tout le long des Rivières pourpres de Mathieu Kassovitz, tant elles nous plongent dans une profonde perplexité.
Bien sûr, à ces derniers, il cherche d'abord à plaire. Il leur apporte ce qu'ils lui réclament, du spectaculaire et du sang, avec ce qu'il faut d'ironie pour ne pas déranger. Mais, au fil de sa narration, il s'enlise peu à peu dans ses angoisses personnelles et en oublie ses auditeurs. Notre adolescent attardé se met alors à délirer et à raconter n'importe quoi. Son récit se complique inutilement, oubliant qu'un conte tire sa force de la simplicité du dénouement. Et, poussé par l'orgueil, il continue à parler bien que son public, à l'écoute d'un tel déluge d'inepties, se soit retiré sur la pointe des pieds. Il le laisse s'amuser seul dans son coin, allumant piteusement ses pauvres pétards mouillés.
Le spectacle est d'autant plus triste que Kassovitz lui-même ne semble pas se réjouir. Celui qui casse ses jouets et aime à faire fuir ses camarades donne toujours l'impression de ne pas y croire, d'être incapable de partager le peu de joie nécessaire à toute connivence. La rencontre paraît alors pitoyable, empreinte d'un certain malaise. L'un s'enferme dans l'orgueil et la vanité, pendant que les autres se disent qu'ils auraient préféré être ailleurs. Toute ouïe à ces verbigérations qu'ils s'efforcent de rendre intelligibles, ils s'accordent pour penser que, finalement, peut-être aurait-il mieux valu ne rien y comprendre. Car le discours ne révèle en fait rien d'autre que le vacuité de son auteur.
Ils s'en vont alors, laissant l'enfant coléreux s'enferrer dans sa pose d'adulte, fier de faire comme si, de s'évertuer à imiter les grands, les Américains, dans un domaine où ils sont passés maîtres. Ils s'en vont ni joyeux ni tristes, seulement apitoyés, et repensent à cette grenouille qui, à la vue d'un bœuf, pour égaler l'animal en grosseur, s'enfla si bien qu'elle creva.
Les rivières pourpres
De Mathieu Kassovitz
Avec Jean Reno, Vincent Cassel, Nadia Farès
France, 2000, 1h45.
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