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Cédric Klapisch est un adepte de la simplicité. Ses films sont légers, légers jusque dans le grave. On le savait capable de faire des films à tout petit budget (Le Péril Jeune était produit par Arte qui, en matière de petits budgets, bat sans cesse des records).
En effet, il s'agit ici de deux époques. L'une actuelle : Paris à l'aube de l'an 2000 et l'autre bien plus éloignée : Paris "ensablée" en l'an 2070 (d'où la nécessité d'un budget effets-spéciaux conséquent). Entre ces deux mondes, un homme : Arthur (Romain Duris, excellent) qui, à 24 ans, ne se sent pas prêt pour la paternité. L'occasion d'un saut dans le temps lui montrera tout d'abord que Paris va devenir une sorte de bled arabe (cette partie est d'ailleurs tournée au Maroc), un vaste désert d'où ne ressortent que les toits les plus élevés, derniers vestiges d'une capitale engloutie.
C'est ici que commencerait un film américain de S-F type. Le héros est le seul à pouvoir désensabler la ville en revenant dans le présent et en stoppant un terrible complot. Et tout rentre dans l'ordre à la dernière minute. Mais nous sommes dans un film français, et dans un Klapisch de surcroît. Alors… Arthur est plutôt surpris de découvrir que la ville est complètement engloutie, soit… Mais il est encore plus surpris d'y rencontrer son fils (Belmondo, qui heureusement, n'en fait pas trop). Fils qu'il n'a pas encore conçu mais qui a déjà plus de 70 ans. Passé ce choc, Arthur se voit supplier par toute sa descendance (nombreuse) de faire cet enfant qu'il a si peur de mettre au monde, sous peine de les voir disparaître tous… (littéralement. D'où, à nouveau, effets spéciaux…)
C'est ici que s'inscrit toute la nuance entre un film de science-fiction américain et français. Avec un matériel pareil, un cinéaste américain se serait senti obligé de rapporter tout à une échelle universelle (public mondial oblige). Le héros sauve le monde et emballe la fille comme dans Total Recall… Mais dans un film français, une telle base n'est que décor. Si Paris ressemble au Sahara, peu importe pourquoi et comment après tout… Ce qui compte, c'est l'humain ! Klapisch ne se laisse pas éblouir par son dispositif (pas toujours très bien numérisé d'ailleurs !) Il se concentre sur son personnage : Arthur, qui doit répondre à une question banale mais importante, que tout homme (dans le meilleur des cas) s'est posée un jour ou l'autre durant son existence : "Suis-je capable d'élever un enfant dans un monde comme le notre ?"…
Chacun se fera son opinion sur ce qu'aurait dû faire Klapisch de tout ce sable. Pourtant, on lui reconnaîtra la qualité de ne pas sacrifier son sujet à ses moyens. Il aime l'intimisme, il aime rire des petits rien de la vie, des rencontres qui font naître les quiproquos… Et ce n'est pas un budget important qui l'éloignera de ses principes. De notre côté, on est plutôt rassuré car, traité avec plus de sérieux et moins de détachement, ce film aurait pu se révéler être un véritable nanar…
Peut-être
De Cédric Klapisch
Avec Jean-Paul Belmondo, Emmanuelle Devos, Géraldine Pailhas
France, 1999, 1h49.