S. est un apprenti boulanger. C'est tout ce que l'on sait de lui. Un jour, il quitte sa place, pique mille balles à sa copine et part pour Marseille. Délaissant la grisaille orléanaise pour la cité des voyous, il atterrit au sein d'une bande de crapules. Il regarde, écoute, apprend, accepte les règles et les contraintes du milieu sans rien dire. Dans ses yeux, il y a l'espoir de devenir caïd et de berner la société.

Erik Zonca, dans ce deuxième long métrage, reprend et décline un sujet qu'il semble apprécier. S. est un condamné. Quand il cherche à échapper à un morne quotidien de petit mitron, il tombe dans celui tout aussi avilissant et banal de petit voleur. Seule une menace sur sa vie le pousse à se ranger socialement, lui fait accepter de se plier aux ordres d'un contre-maître boulanger avec bonheur.

Cette envie de liberté, cette rébellion qui motive son départ au début du film, S. semble y renoncer complètement à la fin. Là où Isa, de La Vie Rêvée des Anges, trouvait une échappatoire onirique qui ponctuait son quotidien et la sauvait d'une morosité menant sa colocataire au suicide, S. subit. Pourtant des deux, c'est lui qui semble le plus révolté. Malgré cela, il rentre facilement dans tous les engrenages : ceux du monde du travail, comme ceux de la contrebande.

A la fin du film il n'a pas évolué. Même s'il a failli se faire tuer, même s'il a tué, même s'il a découvert la boxe, le ring, et les bandits, son regard est le même. Il retourne aux cuisines comme un petit garçon qui a fait une bêtise et qui rentre chez sa mère, sans avoir vraiment changé. Comme si ce compromis était facile à faire. Sa cicatrice, lui rappelle son passé tourmenté qui l'empèche d'évoluer. Il devient ouvrier dans une boulangerie industrielle d'avantage par peur du dehors que par réelle "conviction". Poussé par la bonne morale victorieuse, il revient à la case départ, sans que l'on comprenne pourquoi on vient de nous raconter six mois de sa vie.

Peut-être cette incompréhension provient-elle de l'interprétation de Nicolas Duvauchelle. Ce non-acteur trouvé dans des salles de boxe eut en effet maille à partir avec le métier de comédien. Là où on aurait bien vu un Benoît Magimel tout en finesse, nous nous retrouvons face à un pataud laconique.

Outre ce contestable choix artistique, on retrouve une platitude dans le traitement des images, des cadrages peu soignés trait principal du cinéma social français. Complexé de n'être pas documentaire, il utilise une esthétique du peu soigné : énervant.

Le Petit voleur
De Eric Zonca
Avec Nicolas Duvauchelle, Yann Tregouët, Jean-Jerome Esposito
France, 1998, 1h05.

Anne-Laure Bell





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