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La mort cinématographique d'un Indien mimant les derniers barrissements d'un pachyderme à l'agonie annonce la grande vedette du film : un Peter Sellers de gala incarnant un éléphant lâché dans un magasin de porcelaine.
Après le hors d'œuvre, les invités passent à table et Black Edwards nous offre le plat de résistance dans une montée en puissance de gags échevelés. Minutieusement mis en scène, ils en arrivent à se superposer (grâce au concours involontaire d'un serveur fin saoul), se jouant au premier et à l'arrière-plan, mais aussi dans la bande-son (le poulet). Leur enchaînement est digne de Buster Keaton, mais lorsqu'il ouvre des portes à la recherche des toilettes et découvre, derrière chacune d'elles, une des faces cachés de la jet-set hollywoodienne, ce sont les dessins animés de Tex Avery qu'il évoque (" Hey, close the door, man !) où l'absurde se répète dans la plus parfaite logique.
Le temps de reprendre ses esprits et l'on s'est déjà installé au cœur d'une scène au tempo bien différent qui, cette fois, glissera imperceptiblement, mais toujours, vers l'absurde. L'agencement des situations est d'une rare intelligence et oblige à une vigilance de tous les instants car la source du rire peut se trouver n'importe où et n'est pas forcément soulignée, ce qui en renforce l'effet, et flatte le spectateur attentif qui ne manquera pas de penser à Jacques Tati. Personne n'ose arrêter l'intrus car le propriétaire des lieux pense qu'il s'agit d'un invité de sa femme, dépressive et éméchée, dont il a décidé d'ignorer les frasques. Ainsi, c'est en spectateur blasé qu'il observera la destruction de sa demeure, n'amorçant qu'un seul mouvement… pour sauver son whisky (" Votre femme se noie, Monsieur ! " " Sauvez les bijoux ! " répond- il).
Tout le monde en prend pour son grade dans une apocalypse finale où notre héros a définitivement fini de court-circuiter toutes ces marionnettes, êtres d'apparence dépourvus de substance, illustratives des pires clichés hollywoodiens de l'époque. Il n'a même plus besoin d'intervenir pour que les catastrophes se succèdent et peut laisser derrière lui le vent de folie absurde qu'il a semé. Et ce sont les deux seuls personnages innocents qui s'en vont, laissant derrière eux un véritable cataclysme qui ne s'est finalement abattu que sur les vaniteux, alcooliques d'une jet-set ridicule, dans une vision que leurs meilleurs acides ne leur avaient peut-être encore jamais offerts.
Tout le monde peut donc remercier Peters Sellers et Black Edwards, nous les premiers, pour ce film-référence qui en est truffées.
The party
De Blake Edwards
Avec Peter Sellers, Claudine Longet
Etats Unis, 1968, 1h39.