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Argentine, 2002 - 75 min - DVD TF1 Vidéo
A l'heure où Porto Alegre retrouve son rythme de vie habituel, où les altermondialistes rangent leur équipement d'agitateur jusqu'à la prochaine rencontre, Mercano el marciano sort en DVD. L'occasion de revoir ce conte animé où le héros vient de Mars, et où le loup parle business plan.
Au-delà de la dimension éthique qui met en scène les dérives de nos sociétés consuméristes (le genre de sujet qu'on s'attendrait à voir dans un manga), le film présente un humour trash et un rien sarcastique. Un ton qui permet d'alléger un discours altermondialiste, forcément attendu. Donc, s'il est bien question de dépendance à la technologie et de soumission à l'ordre tout puissant des marchands, le film offre son pesant de poursuites, de pulvérisations de gardiens au pistolet laser et de délires visuels assistés d'images de synthèse. C'est coloré, impertinent et naïf à la fois et le discours altermondialiste vient en toile de fond. Il dessine un contexte qui s'apparente à celui de l'Argentine, au moment de la réalisation du film, en 2002. Une année de contestation des dirigeants, une année qui a vu la production du film s'arrêter avant de reprendre avec une équipe réduite d'irréductibles prêts à travailler sans salaire.
Faire un long métrage d'animation est déjà compliqué en soi, mais faire un film hors norme dans un pays où les subventions manquent relève de l'exploit. Sans compter que le public pour les films d'animation en Argentine est relativement jeune et habitué aux films sucrés où les gentils sont vraiment gentils et les méchants super méchants, bref des films où tout est simple et finit bien (rien à voir avec Mercano, donc). Du coup, c'est peut-être ce qui donne à ce petit film un ton aussi original. Réalisé avec un budget de 250 000 dollars là où d'autres en auraient eu quelques millions, il est indépendant et, de fait, témoigne d'une liberté de ton peu commune dans ce genre de production. Juan Antin revendique cet aspect subversif, il permet de bousculer les productions familiales, qui singent les films américains aux édulcorants de synthèse. Ainsi, cette fable, car c'en est une, se termine par un feu d'artifices en chanson. Une satire de l'univers de Disney qui rassemble les gentils et les méchants dans un show délirant.
Sans que le film ne leur déplaise, certains passages échapperont aux plus jeunes. C'est le cas par exemple lorsque l'on voit une bande de jeunes Argentins pétris entre le désir de s'affranchir du système et celui d'en profiter comme tout le monde. Doit-on tout plaquer, et par conséquent se passer des bières bien fraîches que l'on peut recevoir chez soi grâce aux dernières techniques de vente par correspondance ? Juan Antin, se pose donc en observateur, il met en relief le profil du « consommateur acteur » qui détient une part de responsabilité et de pouvoir, celui de dire non quand il le faut.
Mercano le martien
De Juan Antin
Argentine, 2002 - 75 min
Editions TF1 Vidéo
Sortie à la vente le 24 Fevrier 2005