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Jay (Mark Rylance) travaille dans un club, à Londres. Il est divorcé, plutôt solitaire et noctambule. Une femme, Claire (Kerry Fox), qu'il a rencontrée par hasard et invitée une fois à venir chez lui, revient plusieurs fois de suite, le mercredi après-midi. Ils font l'amour, ils ne se parlent pas.
Patrice Chéreau, qui cherche de quoi organiser la tension des rencontres entre Claire et Jay, croise en chemin, et capte, le clair obscur des architectures londoniennes, les demis sous sol à l'entrée des maisons, les perspectives d'escaliers ouverts sur une rue, un théâtre ou un pub. Il capte aussi le clair obscur des vies doubles, triples, quadruples, de ses personnages. Finalement il trouve, dans cette lumière indécise, des scènes de nus pour lesquels l'harmonie discrète des teintes assombries, des poses, l'harmonie suspendue de l'enchaînement des corps, des mouvements et des plans, préside à la représentation de l'amour charnel au cinéma. Cette représentation devenant, au moment même où elle apparaît, déjà classique parce qu'elle est juste, parce qu'elle convient soudain à nos yeux, comme à notre esprit et comme au sentiment du chaos dans l'étreinte, quand les corps roulent, buttent aux parois de la pièce, sont rattrapés par le sol.
Le clair obscur n'est pas une peinture froide, même si elle songe à la mort, et le film de Chéreau n'est pas froid lui non plus, même si la perfection atteinte d'une forme projetée le retire un peu de nous, des vivants que nous sommes. Il règne, dans tout cela, une atmosphère d'apaisement, d'ordre et beauté relevant les désordres et la trivialité des existences communes. Le drame, si c'en est un, relève, quant à lui, du syndrome de Stendhal. C'est-à-dire que, par tant de beauté, émus, et même mus, puisque Jay s'élancera à la poursuite de Claire, on redoute, à la fin, que tout ne cesse bientôt, tant il est vrai que la beauté se confond ici avec la chance, le plaisir incalculable que cet homme et cette femme ont su trouver dans le corps l'un de l'autre. Poursuivre, retenir, saisir une fois pour toutes, c'est précisément ce qu'il ne sera pas possible de faire, ce qui défait, ce qui désarme, à la fois, la chance et le désir dans ce film superbe.
De Patrice Chéreau
Avec Mark Rylance, Kerry Fox, Timothy Spall
France, 2000, 2h.
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