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A chaque fois que François Ozon s'est attelé à un genre cinématographique, il n'a pu s'empêcher de le morceler pour mieux y insérer ses fantasmes et surtout mettre en perspective le langage filmé.
Au départ, 8 femmes peut prêter à confusion. Est-ce un suspense dans la lignée des romans d'Agatha Christie ou bien un genre de Cluedo où tous les suspects auraient un motif de vouloir supprimer la victime ? Car il s'agit avant tout d'un assassinat.
Le châtelain d'un immense manoir est retrouvé gisant dans son lit, un couteau planté dans le dos en guise d'arme du crime. Les suspects: sa femme, ses deux filles, sa belle-mère, sa belle-sœur, sa cuisinière, sa domestique personnelle et sa sœur cadette. Soit une belle brochette de tueuses !
Une brochette de star aussi. Car la merveilleuse idée du film se situe au niveau du casting. Ozon a choisi de piocher dans la catégorie "vedette" pour illustrer son film. On pourrait se méfier d'une affiche uniquement composée de noms illustres. De Catherine Deneuve jusqu'à Virginie Ledoyen en passant par Danielle Darrieux et Emmanuelle Béart, le film est une sorte de remake du Women (1939) de Georges Cukor, mais en plus ambigu et surtout en plus décalé. Ce choix offre ainsi divers niveaux de lecture et devient pour Ozon occasion à quelques envolées nostalgiques: la scène d'amour entre Deneuve et Fanny Ardant, respectivement les compagnes et comédiennes de François Truffaut; la photo de Romy Schneider, convoquée comme ancienne amante d'un des personnages; les robes des actrices qui rappellent celles de l'âge d'or du mélodrame hollywoodien, portées en leur temps par Joan Crawford, Rita Hayworth ou Lana Turner.
Dans 8 femmes, Ozon met en scène les thèmes qui lui sont chers et qui étaient déjà présents dans ses précédents films: l'ambiguïté des rapports amoureux, les désirs refoulés et surtout la difficulté de s'affirmer. Ses personnages ont du mal à trouver leur place. En essayant tant bien que mal de se fixer, ils provoquent des dérapages incontrôlés voire mortels (les deux adolescents dans Les Amants criminels iront jusqu'au meurtre pour assouvir leur soif de liberté sexuelle; le jeune homme dans Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, souffrant de ne pas être reconnu à sa juste valeur finira par se suicider; la veuve, dans Sous le sable, éprouve des difficultés à vouloir tourner la page après la disparition prématurée de son mari).
Le film est parsemé de nombreuses et courtes séquences musicales, un procédé déjà utilisé dans Gouttes d'eau sur pierres brûlantes. Ces sympathiques temps morts permettent de mettre en lumière les secrets intérieurs des divers protagonistes. Selon une même logique, le générique associe le nom de chacune des huit actrices à une fleur particulière. Nous sommes bien là en face d'un jeu. Ozon capte l'esprit du spectateur et l'invite à se jeter dans la gueule du loup. Son univers fantastique issu du réel se montre plein de surprises et de caractères étrangement diaboliques. Ainsi, par l'attribution d'une marguerite au personnage de Ludivine Sagnier, nous savons que son rôle sera celui d'une adolescente naïve, rêveuse mais prête à jouer dans la cour des grands. L'idée n'est certes pas révolutionnaire, mais d'une part il fallait y penser et d'autre part, elle élimine environ trente minutes de scènes psychologiques. Ozon, cinéaste de l'anecdote visuelle ?
De film en film, il peaufine son sens de l'image. Plus mature que dans ses courts métrages, plus recherché au niveau de la construction narrative que dans son premier long, plus adulte dans les rapports hommes/femmes depuis Sous le sable, plus direct dans ses mises en propos, et beaucoup plus inventif dans sa mise en scène.
Huit femmes
De François Ozon
Avec Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart,
Fanny Ardant, Virginie Ledoyen, Ludivine Sagnier, Firmine Richard
France, 2001, 1h43.
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