Pièce multiple ou pièce-tiroir, Loïc Touzé et ses complices présentent 'Morceau', déjà connu du public depuis 3 ans. Les danseurs le convient à un dispositif d'expérimentation dont les règles de jeu lui apparaissent rapidement : chaque danseur à son tour occupe l'espace le temps réduit d'une minute.

Un jeu s'instaure entre les interprètes et le public, dans une recherche d'égalité du rapport danseurs-spectateurs. L'absence de jeux de lumière - à part pour Néons ou le solo d' Yves-Noël, traversant la scène en nymphe légèrement vêtue -, la nudité du plateau, le volume sonore tout juste audible, contribuent à créer une complicité avec le public. De plus, entre chaque proposition dansée ou chantée, les danseurs demeurent en état d'attente, de relâchement plutôt qu'en état de représentation. Surtout, ils laissent volontairement apparentes les failles, les risques d'accident. Ils ne sont pas à la recherche d'exploit, de prouesse technique ou de performance, et se livrent donc tels qu'ils sont.

Sur ce canevas, tout ou presque est permis : costumes, animaux, ours en peluche, yaourt, karaoké... Le plateau se vide et se remplit sans cesse de divers éléments de décors, mobiliers, costumes, mouvements et sons ; les danseurs entrent et sortent dans un va-et-vient incessant et ordonné, enchaînant sans rupture les 'morceaux': on passe ainsi d'une histoire à une autre, d'un imaginaire à un autre. Le plateau serait-il donc encore un espace de liberté ? Une aire de jeu pour grands enfants ? Qui, en effet, a dit que la danse devait être exclusivement une histoire de grandes personnes... Quelques personnes bien sûr ont pris la danse au sérieux, de même que des discours ont bien été élaborés autour d'elle, comme le rappelle Loïc Touzé en invitant les spectateurs à "observer la masse du danseur" ou bien à "focaliser son regard en un seul point de son corps en mouvement".

Tour à tour dévêtus, habillés et déguisés, les corps sont à leur aise, décontractés, naturels, presque banals. Des corps qui se libèrent au son d'un refrain, au rythme d'un tempo, d'une chanson (danse de boîte de nuit de 'Jerk dorsal' ou 'Paroles, paroles'). Mais également des corps allusifs, des corps qui évoquent, sortes de petits clins d'oeil à des pièces historiques, comme cette apparition de geisha-samouraï par Latifa rappellant Japanische Pantomime de Valeska Gert (*).

Tout se déroule dans une atmosphère de jeu et, à les voir faire, on se demande si ce n'est pas mieux ainsi : puisque le plateau n'est octroyé aux danseurs que pour un temps réduit, alors pourquoi ne l'occuperaient-ils pas comme ils le souhaitent ? Pourquoi ne présenteraient-ils pas de courtes propositions non développées, sous forme de morceaux, plutôt que ces créations annuelles, comme des costumes d'apparat, construites de toutes pièces ?

Morceau
Loïc Touzé
Avec Loïc Touzé, Latifa Laâbissi, Jennifer Lacey, Yves-Noël Genod
Théâtre de la Bastille
du 17 janvier au 5 février 2005

(*) Solo de Valeska Gert, danseuse allemande du début XXe siècle, filmé en 1917 puis à nouveau soixante ans plus tard (Valeska Gert n'a été fimé que ces 2 fois au cours de sa carrière).

Hélène Fectay




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