Noël était traditionnellement une période difficile pour les fans de Johnny, de Zazie, de Léo Ferré et d'Elvis Presley, noyés annuellement (bien faits pour eux) par une centaine de mises en boîte plus ou moins bidons et toujours onéreuses. Depuis quelques années, la magie de Noël a contaminé les bonnes maisons de disques et nous donne l'occasion de revoir notre jugement sur cette pratique déloyale...

La mode du long box fait fureur en France et ne semble pas en passe de s'arrêter tant l'objet lui-même, par sa forme rassurante (une sorte de cartouche de cigarettes allongée, donc inoffensive), érotique (le côté sexe du rectangle plat qui s'ouvre au milieu sur un tas de trucs ronds et millefeuillés) et son côté définitif (l'« essentiel de » qui laisse à penser que si l'on achète celui-là, on n'aura plus besoin de rien d'autre) continue de faire fantasmer le midinet que nous sommes tous.
Côté français, en plus des marronniers (Ferré, Brel, Gainsbourg et consorts), on retiendra à peine le petit effort d'Alain Bashung - coffret mal foutu pour œuvre inégale, très mainstream et un peu chiche sur les bonus - et l'à peine plus intéressante tentative de Dominique A de résumer sa dizaine d'années d'activités. L'objet en définitive n'est pas mal mais on peut penser légitimement que Dominique A, extrêmement productif, aurait mérité un meilleur traitement. La question a été évoquée sur les forums : le coffret manque forcément d'un live et est assez pauvre en titres réellement inédits. En gros, il est dispensable pour les fans hardcore et pas forcément taillé pour le grand public. Toujours est-il que la problématique du long box, et du coffret en général, est posée parfaitement chez lui. Que veut-on faire du coffret ? Une petite synthèse pour les masses qui auraient manqué le début de la carrière ? (on n'est pas sûr alors que dans le cas de A., il y ait un véritable effet d'appel sur le produit) Un objet à offrir entre fervents supporters ? (ce qui réduit forcément le marché). Ou encore, sait-on jamais, un véritable don de l'artiste au public en général conçu comme un prolongement naturel de son œuvre ? Selon l'artiste et son degré d'attachement, on pourra chercher un peu tout ça, ce qui rend la tâche des publicitaires et des commerciaux quasi impossible.

Sans donner des conseils définitifs qui ne valent pas en la matière, mieux vaut s'en tenir dans nos achats à ces quelques préceptes :

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- Règle n°1 : Eviter les Best-of ou pire les Very Best-of, presque toujours bâtis par les maisons de disque sans la moindre collaboration des artistes et destinés à contrebalancer des ventes décevantes des albums précédents. Les Best-of sont presque toujours des arnaques lorsqu'il s'agit de très très grands groupes (cette année, U2 à éviter à tout prix, The Smiths, The Cure, on en a déjà parlé, le best des Ramones, Siouxsie & the Banshees, les Pogues) car les grands groupes, par définition, bâtissent des albums et ont une durée de vie suffisamment longue qui rend les best-of débiles et mal équilibrés.
A noter que, dans certains cas, et cette année notamment, des groupes peuvent être plus à l'aise dans la réalisation de best-of que sur la longueur d'un album. On retiendra ainsi le Best-of du groupe américain Belly fort agréable, ainsi que le double CD best-of de New Order, pas si mal bâti, et qui vaut bien l'ancien Substance.
Les anglais de Pulp, en rupture de ban chez Island après la débandade de leur « We Love Life » de l'année dernière, sortent un Greatest Hits pas si négligeable et qui peut être offert sans trop de honte puisqu'il reprend certains titres peu connus du grand public et excellents comme « My Legendary girlfriend » ou « Countdown ». Enfin, un bon investissement par défaut peut être fait en achetant le double CD des meilleures années du groupe mythique The Fall, regroupant leurs principaux singles de l'époque. Le double Cd est livré avec un livret qui reprend assez bien l'activité du label, les rivalités de la scène mancunienne (notamment avec les Smiths) et dresse un portrait très amusant du chanteur Mark E. Smith. L'objet est une bonne approche de la musique d'un groupe qui tire plus vite que son ombre et qui doit compter à l'heure qui l'est plus de cent albums au compteur. Les singles Rough Trade sont une bonne porte d'entrée dans l'œuvre du groupe et donnent sacrément envie d'en savoir plus.

>> bémol 1 : Les best-of marchent très bien lorsqu'on les offre aux parents (Léonard Cohen, Bob Dylan,…) ou aux personnes âgées en général ;
>> bémol 2 : les best-of sont très bien lorsqu'on veut faire découvrir quelque chose à quelqu'un de suffisamment intelligent pour se reporter plus tard à l'intégralité des albums (Nirvana, Morrissey, Dinosaur Junior, Jesus&Mary Chain parmi les derniers qui valent le coup)
>> bémol 3 : les best-of peuvent toujours être offerts aux spécialistes des groupes suscités car ces derniers renâclent souvent à les acheter sachant qu'ils coûtent chers, n'ont aucun intérêt mais comportent, presque tout le temps, un titre inédit qu'il serait presque impensable de ne pas posséder.

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- Règle n°2 : foncer tête baissée sur les éditions de luxe ou rééditions de disques célèbres qui sont devenues la véritable bonne affaire pour les collectionneurs ou les défricheurs et sur lesquels on trouve la plupart du temps de véritables joyaux. Cette année, on aura un petit faible pour la énième réédition de Forever Changes de Love, avec une prise alternative du cultissime « Alone Again » Or, et surtout pour la splendide réédition du Slanted and Enchanted des Pavement, sorti en 1993, et agrémenté ici d'un deuxième CD regroupant la plupart des Peel Sessions, très difficiles à trouver, le single à la « crête de coq », comme l'appellent les amateurs, et un concert exceptionnel à la Brixton Academy. Le livret par ailleurs est splendide. Les fans de Pavement sont d'ailleurs à la fête puisqu'ils peuvent encore se procurer le DVD attendu depuis 2 ans regroupant l'intégralité des vidéos du groupe ainsi qu'un documentaire et l'intégralité d'un autre concert (Slow Century), sorti il y a trois semaines mais en quantité très très réduite. De quoi découvrir ou redécouvrir la dimension de ce groupe immense, la précision de leur section rythmique et le génie de leur chanteur auteur Stephen Malkmus.
D'une manière générale, les rééditions sont plutôt une bonne pioche et font toujours plaisir. Ce sont des disques qui ne coûtent pas plus chers que les originaux et qui permettent un vrai travail d'approfondissement d'un album. Les plus veinards tomberont, dans le genre, sur un ancien coffret de 4 CD, daté de 1997, et écoulé par les grossistes autour de 15-20 euros, qui réunit l'ensemble des sessions du Pet Sounds des Beach Boys. Un vraie merveille à traquer dans les rayons d'invendus de toutes les FNAC de Province.

>> bémol 1 : les rééditions de luxe sont globalement une injure faite aux fans de la première heure puisqu'elles vous amènent de façon honteuse à acheter quatre fois le même album pour à chaque fois quelques titres supplémentaires. Si l'on veut être rigoureux, il faut donc s'interdire d'en acheter. Cela vaut d'autant plus qu'il s'agit de groupes mineurs qui sont obligés de céder à cette pratique pour doper leurs ventes (Divine Comedy).
>> bémol 2 : Attention aux éditions de luxe post-mortem et non validées par le chanteur et/ou les intéressés. Un exemple : éviter absolument tous les nouveaux Jeff Buckley, nullissimes. Eviter le dernier George Harrison. Préférer les disques de Ringo tant qu'à faire, voire de groupes morts vivants tels que les Rolling Stones ou Suicide - leur dernier album, assez séduisant, est vendu actuellement avec live à ne pas manquer.

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- Règle n° 3 : Ne pas acheter d'intégrales en croyant que ce sont des intégrales mais en sachant qu'elles seront suivies dans quelques années d'intégrales enfin définitives, elles mêmes suivies par des intégrales etc.
Ainsi on déconseillera l'intégrale Bashung, pas intégrale du tout, qui, de plus, est desservie par la présence d'un certain nombre d'albums indignes de leur auteur.
Parmi les grandes collections, on pourra noter pour ceux qui aiment faire dans le rétro, les Complete Recordings de Robert Johnson, le grand bluesman américain, toujours en solde et vraies valeurs sûres inépuisables et définitives. En 2 CD. Impeccable pour s'endormir ou s'éveiller. Un grand et beau cadeau de Noël pour affirmer son goût musical devant ses amis.

>> bémol : les grandes intégrales Ferré, Brel, Brassens, Gainsbourg sont superbes et toutes excellentes à défaut d'être exhaustives.

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- Règle n° 4 : examiner avec la plus grande attention tout ce qui ressemble à un coffret et se documenter (en surfant sur Fluctuat notamment et les forums spécialisés).

Myosotis




- Suite des emplettes avec le coffret New Order


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