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Ce qui est bien avec La fiancée de Chucky, c’est qu’on ne risque pas d’y mourir de peur, d’ennui ou de rire. Le film ne comporte aucune scène véritablement choquante ou incitant à la débauche sexuelle ou morale, ce qui avait été reproché aux épisodes précédent, et il n'est même pas nécéssaire de réfléchir.
Pour ceux qui ne connaissent pas Chucky, disons que c’est une horrible poupée en plastique qui est (par des artifices sataniques qu’on vous passe) habitée par l’âme d’un serial killer et qui..., par conséquent, est amenée à s’attaquer, presque article par article, au Code Pénal pour espérer retrouver forme humaine et décupler sa puissance maléfique.
Ici, Chucky, qu’on avait accusé aussi dans la vraie vie d’être indirectement responsable du meurtre d’un enfant à Liverpool il y a de cela 2 ans, est rattrapé par une ancienne et pulpeuse maîtresse qui entreprend de l’aider dans sa quête en échange d’un mariage auquel il ne semble pas prêt. La donzelle se retrouve bientôt elle même coincée dans le corps d’une poupée et emmenée dans un road-movie sanglant avec deux adolescents fugueurs à la beauté outrageuse.
L’originalité du film ne tient pas tant à la série de meurtres sans intérêt qui jalonne le parcours initiatique des deux couples qu’au mimétisme qui s’établit entre les ados, dépositaires d’un amour dégoûtant de cour de récré (un beau gosse superbement musclé et une jeune beauté US un rien boulotte) et les poupées trash (alcooliques, fumeuses d’herbe, violentes).
Peu à peu, le couple parfait va s’abîmer et prendre conscience de sa superficialité pour, dans l’épreuve finale, gagner en cohésion. Chucky, pourriture ultime la plupart du temps, manque à deux ou trois reprises de décrocher ses galons d’humanité : il épouse Tiffany dans une scène d’anthologie conclue par une scène de sexe inédite entre poupées de latex ayant recouvré leurs moyens, avant de sombrer dans un délire meurtrier qui le ramène à ses fantômes préférés, la trahison, le coup en traître et le meurtre à l’arme blanche.
Le couple légitime paraît finalement de plus en plus ambigu, allant même jusqu’à causer la mort d'un très bon ami (écrabouillé par un camion), de son persécuteur (le chef de la police) et d’un double pornographique (le couple de l’hôtel). La richesse du film, qui n’en fait tout de même pas un film à recommander, est à chercher dans ce sens. La Fiancée de Chucky propose, à défaut d’un film d’horreur sérieux, une réflexion amusante et dérangeante sur le couple, sa formation et son potentiel de violence qui n’est pas inintéressante. Elle permettra sûrement aux plus habiles de tirer des parallèles amusantes vers les affrontements modernes entre Joey Starr et Jennifer, plus anciens entre Richard Burton et Liz Taylor, voire au sein de leur propre couple.
Pour les mordus de film d’horreur, sachez encore que le quota minimal d’hémoglobine est à peine respecté et les figures imposées (fugue, meurtre, explosion,...) effectuées avec la grâce d’une Surya Bonaly des salles obscures. Les éternels morceaux de heavy metal enrobent le tout dans une chappe de plomb assez désagréable qui fera du film, d’ici quelques mois, un bon outsider de vidéo-club.
Pour le cinéma, ne désespérons pas de Chucky, dont l’apparition originelle reste une assez bonne surprise, et qui prévient au moment de sa disparition finale :
"I don't give a fuck. I always come back".
La fiançée de Chucky
De Ronny Yu
Avec Jennifer Tilly, Brad Dourif, John Ritter
Etats-Unis, 1999, 1h29.
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