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Dans le maelström d'images et de sons qu'est ce film, une vue aérienne nous dévoile l'organisation en quadrillage d'une banlieue américaine. La ville est anonyme, et le plan furtif, presque inexistant. Cela suffit cependant pour nous rappeler que la plupart des cités du nouveau Continent ont été bâties sur le modèle romain. Sans passé, issues de rien, elles ont vu leurs rues se développer à perte de vue, telles les veines d'un corps social en perpétuelle expansion.
Dans ce contexte d'extrême violence morale et physique se débat l'entraîneur Tony D'Amato. Incarné par le grand Pacino, il se heurte à tous et à chacun pour ne pas être dévoré par la modernité. Si l'équipe qu'il prépare ne gagne pas la saison, il risque l'éviction et la mise au rebut. Aussi il lutte, sans état d'âme. Il veut survivre. Cette histoire de volonté, Oliver Stone nous la conte avec le style qu'il a mis au point depuis J.F.K. Il assemble, colle, accumule, jusqu'à la nausée, des morceaux d'origines diverses : vidéo, télé, cinéma, rap, classique, rock... Une œuvre faite de rajouts qui semble tester ses propres résistances : jusqu'où peut-elle aller sans expurger le trop plein, sans vomir ? Ce kaléidoscope se justifie par la volonté d'englober l'ensemble des points de vue mis en situation. Ils sont fondus en une forme qui les confronte et les brise, comme est brisé notre regard face à un tel déferlement. L'image est absorbée dans un trou noir qui ne nous laisse plus rien percevoir et nous abandonne aveugles et meurtris.
Stone aimerait saisir tous les facteurs socio-psychologico- économiques de l'anecdote. Il la replace dans ce monde, décrit si justement par Guy Debord, où " tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation ". Il veut se faire le peintre démiurge de la société du spectacle, ce dernier ne se définissant pas comme un ensemble d'images, mais comme " un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images ".
Mais américain il est, et américain il restera. Il ne peut s'empêcher de chanter les louanges du courage et de la pugnacité, de glorifier le self-mademan. Debord considérait que celui qui voulait critiquer la société se devait d'y éviter toute participation en créant un langage révolutionnaire et personnel. " Je dois surtout prendre garde à ne pas trop instruire n'importe qui ", écrivait-il. Le cinéaste américain, quant à lui, use d'un style opportuniste. Et il a beau utiliser la distanciation - l'apparition de Charlton Heston dans les rôles de Ben-Hur, que diffuse une télévision, et du président de la Ligue est à ce titre assez réussie -, il n'en reste pas moins conservateur en servant le système qu'il prétend dénoncer.
Impénitent donneur de leçons, et de plus en plus mégalomane, il s'érige en Brecht de cette fin de siècle. Si J.F.K. et Nixon étaient de touchants aveux d'impuissance à circonscrire les mystères d'un homme et d'une époque, l'Enfer du dimanche (l'aphoristique Any given Sunday en v.o.) a des relents désagréables. Le film est trop vaniteux pour appréhender avec sincérité ce monde où on se débarrasse des individus "comme on achève les chevaux". Bruyant, ce cinéma du Chaos nous laisse fourbu, rompu, et avec un paradoxal sentiment de vide dont nous ne pouvons que le blâmer.
L'enfer du dimanche
De Oliver Stone
Avec : Al Pacino, Dennis Quaid, Cameron Diaz, James Wood, Jamie Foxx.
EU, 2000, 2h25.