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L'enfer du dimanche

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La quête des réalités américaines

En cette époque de vitesse, d'une vitesse qui renverse les horizons, Oliver Stone, le réalisateur, colle à la réalité de la societé américaine. L'enfer du dimanche répond à l'identité fragmentée de la société américaine. Celle ci croit communier chaque dimanche dans un stade bondé, devant l'affrontement de Titans aux uniformes bariolés, alors que cette manifestation n'est que l'apogée d'une société qui voue un culte au Dollar.

Dans un film aussi touffu, où les images se chevauchent, s'interpellent, où s'imbriquent des archétypes américains et tous les ingrédients d'une fresque sociale avec ses coulisses et ses apparences, dans un film qui veut embrasser le visage d'une Amérique manipulatrice en proie à la dictature des billets verts, et qui met en avant toute une mystique d'une modernité clinquante dont l'homme est étourdi, il est donc fatal que le spectateur s'abandonne à son vertige.

Les destins s'entrecroisent, celui de Tony d'Almato (Al Pacino) un entraîneur qu'on croit sur la pente descendante et celui d'un jeune quaterback vedette (Jamy Foxx) qui s'envole vers les cîmes de la consécration sportive. Ce qui est frappant, en effet, c'est la convergence de ces trajets personnels, qu'on effleure, qu'on touche du bout des doigts sans jamais pouvoir s'y attarder. A peine avons-nous le temps de découvrir un médecin cynique (le calculateur James Woods) que, déjà, nous voilà dans une luxueuse résidence où les joueurs de football américain sont mis aux enchères comme du bétail lors d'une foire. C'est le style d'O.Stone, à la fois juge et polémiste, de l'iconoclaste qui renverse les idoles-mythes d'un sport soulevant les foules ; c'est le style d'un réalisateur qui lève le voile sur les malversations des dirigeants, dont l'attachement aux intérêts mercantiles est sans commune mesure. C'est la marque du chirurgien qui opère, avec précision, rapidité, concentration et certitude de dominer son sujet.
Du financier aux soigneurs en passant par les journalistes et les politiciens, tout se retrouve sous la loupe. Pas d'exceptions. D'où ces scènes tournées à trois caméras qui volent la spontanéïté des acteurs (les tirades ahurissantes d'Al Pacino dans les vestiaires), qui surprend l'intensité d'un clin d'oeil, la vivacité d'un geste, l'économie d'une parole. A travers cette passion américaine qu'est le sport, Oliver Stone dresse donc un bilan des déchirures qui minent son pays : le conflit des générations (C. Diaz en propriétaire affamé des Miami Sharks contre Pacino), le fléau des racismes, la servilité envers l'argent, la débauche sans issue.

Le football américain est à l'image d'une nation qui crée sa propre démesure, certes parfois avec générosité, mais bien souvent avec mépris. C'est sous le signe de l'altérité, de l'impossibilité de penser le vis à vis, autrement que comme rival ou adversaire, que se déroule cette fresque aussi contemporaine que fut Tueurs nés en 1994. Elle suscite les mêmes controverses, les même effets de fascination et de répulsion farouches. Les joueurs, des colosses aux allures de lutteurs grecs, entrent dans l'arène pour une véritable mise à mort ; c'est l'hystérie qu'alimentent notamment les plans larges aussitôt entrecoupés de gros plans, lesquels nous plongent dans la férocité de ces jeux de gladiateurs. L'oeil à l'affût, Oliver Stone excelle à dénoncer les leurres d'un milieu à bien des égards amoral ; il décrypte avec aisance les preuves d'une société en proie au syndrome de l'orgueil. C'est une Amérique qui n'est vraiment elle-même que dans ses excès, que semble ainsi nous désigner clairement L'Enfer du dimanche.

L'enfer du dimanche
De Oliver Stone
Avec : Al Pacino, Dennis Quaid, Cameron Diaz, James Wood, Jamie Foxx.
EU, 2000, 2h25.

Anthony Dufraisse