Fluctuat/Arts, culture, société, poil à gratter
• Musique • Cinéma • Livres • Jeux vidéo • Télé • Société • Arts • Scènes • Sortir

> newsletter | blog scènes | forum théâtre danse | jeux | concours
dernière mise à jour le 12.02.12 à 14:57
x fermer Inscrivez-vous à la newsletter Flu :
Articles
Festival Anticodes : 4 artistes à suivre
En atendant, Anne Teresa De Keersmaeker
Raimund Hoghe - Si je meurs...
Alain Platel - Gardenia
Alain Buffard - Tout va bien
Les dessins de Trisha Brown
La performance : exposer l'inexposable
Tacita Dean/Merce Cunningham
Danse élargie
10 minutes à perdre
L'Oubli, toucher du bois de Christian Rizzo
Articles Scènes
Entretiens
Entretien vidéo avec Jan Fabre
Entretien vidéo avec Jan Fabre
Entretien avec Nicolas Bedos
Entretien avec Fred Pellerin
Entretien avec A.T. De Keersmaeker et Jérôme Bel
Entretien avec Jérôme Bel et A.T. De Keersmaeker
Entretien avec Susanne Linke
Entretien avec Jacky Sigaux
Entretien avec Alain Platel
Entretien avec Jean-Claude Gallotta
Rencontre avec Wim Vandekeybus
Interviews Théâtre Danse
Dossiers
Martha Graham en vidéos
Martha Graham en vidéos
Chaillot, nouveau temple de la danse
Les Ephémères
Arts de la rue
Acteurs au théâtre
Festival Mettre en Scène 2007
Avignon 2007
BIAM 2007
Tous les dossiers Théâtre Danse
Année 1998

Des « Visites » opportunes

Visites - Jon Fosse

Mise en scène de Marie Louise Bischofberger - jusqu'au 21 décembre 2002 aux Bouffes du Nord à Paris

Au début, on a peur. Décor minimaliste pour texte intimiste et silences pesants. Mais la mise en scène inventive de Marie-Louise Bischofberger traite avec dynamisme les énigmatiques chassés-croisés des dialogues de Jon Fosse. Et parvient même à relever cette gageure : faire jaillir le comique de l'inquiétante platitude du quotidien.

Dans le théâtre de Peter Brook, le jeu des contrastes est toujours aussi efficace : une table de cuisine, un réfrigérateur, la porte d'une chambre taggée d'une étoile, semblent égarés sous le haut plafond des Bouffes du Nord, mais provoquent un saisissant effet de loupe sur le quotidien désolé de la Norvège. Quand Ikéa envahit une Venise délabrée, c'est la fadeur même qui prend du relief.

La Fille ne va pas bien. Elle boude, elle fuit, elle refuse la soirée d'anniversaire que lui propose sa mère. Parce qu'elle n'a pas d'amis, qu'elle ne veut pas de travail, qu'elle refuse le pragmatisme volubile de la Mère. Le Frère, parfois, leur rend visite, et lutte contre les terreurs d'enfant de la jeune fille. Mais il doit combattre un autre visiteur : l'Ami de la Mère, dont le pouvoir grandit dans la maison, et qui aurait séduit l'adolescente. Réalité sordide d'un traumatisme que la Fille peine à avouer, ou fantasme d'une enfance qui s'attarde ? Peu importe. Ce qui compte, comme chez Tennessee Williams, c'est le choc de deux subjectivités sous les paroles du quotidien. Les failles qui affleurent sous la banalité.

La Fille a les yeux cernés et le teint chlorotique d'une Ophélie trop nonchalante pour se jeter à l'eau. Mais elle arbore aussi les sweatshirts trop larges et le mutisme moqueur d'Agrippine (celle de Brétecher). La voix d'Audrey Bonnet - qui a déjà incarné avec justesse la Princesse Maleine à la Colline l'année dernière - exprime le mélange de souplesse et de dureté qui anime cette adolescente énigmatique, engagée dans une lutte passive contre le monde qui l'entoure.
La mère, au contraire, parle. Elle parle pour échapper au vide comme elle s'habille de rouge pour échapper au terne, comme elle remplit le frigo. Elle occupe l'espace de son énergie, de sa sensualité, mais ne peut empêcher ses tics nerveux et son penchant pour la bouteille de miner ce beau ballet de pragmatisme et de possessivité. A force de parler ANPE, de fantasmer sur ses boums de jeunesse perdues, elle passe à côté de sa fille et de son énigme. Et c'est de nouveau la voix qui emporte l'adhésion du spectateur, celle de Dominique Reymond (déjà mère dans Y aura-t-il de la neige à Noël ?), qui mêle comiquement sa chaude tessiture à une logorrhée pleine d'angoisses mal assumées.
La fête qu'elle organise est un désastre. On grignote des chips d'un air morne, en attendant des invités qui ne viendront pas. La réjouissance ringarde, la gaieté dérisoire de la musique, sous un néon qui suinte la platitude et l'ennui, est d'une parfaite cruauté, à la fois comique et touchante.

A ce bouillon de culture de relations humaines frôlées par la tétanie s'oppose le dehors, celui des cinémas et de la ville, que vient scander le frère en blouson noir. Il a le couteau facile et lutte contre l'ami de sa mère. C'est de la chape de plomb du quotidien que surgissent les maladroits cris de révolte de la jeunesse contre un horizon désolé. Et l'on songe à un autre désert, celui de l'australien Daniel Keene dans Terre Natale.
L'ami de la mère (Hugues Quester) est, comme la fille, une figure énigmatique qui crée des zones d'ombres dans le foyer qu'il visite. Véritable passeur vers le monde des fantasmes, il fait se déployer les terreurs de l'enfance et, tel M le Maudit, s'envoler les ballons multicolores. Un corps épais, qui esquisse soudain quelques pas de danse. Un passé flou, une voix décalée, une politesse fuyante : celui qui apparaît comme le ventre mou du dialogue, qui semble annihiler les conflits, a le calme tendu et féroce du serpent contemplant l'Eden.

Mère affairée, ami ambigu, jeune fille perturbée : le trio de Lolita est surtout le moyen de mettre en place le creusement, par la langue, de ces consciences meurtries. Peu importe s'il a ou non abusé de l'adolescente : les dialogues expérimentent de manière combinatoire le choc de deux subjectivités. Peut-on convaincre l'autre d'agir ? Peut-on obtenir de lui parole de vérité ? Non. Mais, si le dialogue échoue, les mots, par rebonds et ricochets, dévoilent un peu des obsessions de chacun, de sa ligne de conduite, de son squelette mental. Ces Visites sont aussi les tempêtes sous notre crâne.

Jean-Louis Pinte, dans le Figaroscope, estime que « Marie-Louise Bischofberger, dans sa mise en scène, joue trop sur l'apparence des sentiments et l'anecdote pour donner une véritable force au texte. Elle s'égare trop dans la légèreté pour convaincre ». On peut penser, au contraire, qu'un texte contemporain, dont il est de bon ton d'admirer le « grand vide », le silence et l'opacité, mérite un dépoussiérage intelligent et vivace. Pari réussi pour cette mise en scène à la fois réaliste et onirique : transformer le banal en tension jubilatoire.

Visites
De Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène de Marie Louise Bischofberger. Avec Dominique Reymond, Hugues Quester, Audrey Bonnet, Jeremie Lippmann.
Au théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, 75010 Paris, du 23 novembre au 21 décembre 2002.


- Le site des Bouffes du Nord.
- Le site de l'Arche (biographie et bibliographie de Jon Fosse).
Suivre @fluctuat
Séverine Weiss - 20 août 2007

• Les news de Saisons, le blog scènes
Jan Karski (Mon nom est fiction) aux Gémeaux Jan Karski (Mon nom est fiction) aux Gémeaux
    Jan Karski (Mon nom est fiction) est une adaptation du...
L'angoissant onirisme de Joris Mathieu L'angoissant onirisme de Joris Mathieu
C'est à partir d'un roman que Lorris Murail a écrit en...
Naples Millionnaire ! Eduardo de Filippo au théâtre de la Tempête Naples Millionnaire ! Eduardo de Filippo au théâtre de la...
1942, l'Italie est en guerre. Les denrées sont rares. Sous le...
L'enfer, premier cercle : Salle d'attente de Krystian Lupa L'enfer, premier cercle : Salle d'attente de Krystian Lupa
Un sous-sol aux murs couverts de graffiti, des garçons, des...
Coeur de chien : une farce féroce et hilarante Coeur de chien : une farce féroce et hilarante
  On connaît Boulgakov, son roman Le...
• Sur le forum Arts

Story of a BiteRecherche de monologues et sketches...Festival Hip Hop Art'mature III à Issy-les...La page facebook de l'école de mime corpor...

• Deal du jour, avec Groupon
> tous les deals
  • J'en profite
• Diaporamas théâtre danse

Scènes : 10 performeurs barrés à découvrir

Quand les humoristes se tapent l'affiche

Théâtre, danse, opéra : les mises en scène qui ont tout changé

7 humoristes dans le vent

Danse : les grands moments de rupture



theatre-danse.fluctuat.net
Zoom sur

Ariane Mnouchkine
Ariane Mnouchkine
Antonin Artaud
Antonin Artaud
Eugène Ionesco
Eugène Ionesco
Robert Wilson
Robert Wilson
Dita Von Teese
Dita Von Teese
Raimund Hoghe
Raimund Hoghe
Martha Graham
Martha Graham
Myriam Gourfink
Myriam Gourfink
Les personnalités Théâtre Danse

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Afficher par : naissance / nationalité / métier
Sortir
Dossier
Chaillot, nouveau temple de la danse


Qui sommes-nous ? | Confidentialité | Mentions légales | Publicité | Partenariats | Presse | Index | index théâtre danse | Syndication RSS

Plan du site : Musique - Cinéma - Livres - Jeux vidéo - Télé - Société - Arts - Scènes - Sexe - Foot - Sortir - Forum

Fluctuat.net - Tous droits réservés. Un service édité par Doctissimo Network