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Escrocs mais pas trop

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Escrocs mais pas trop - Woody Allen

"En infléchissant le burlesque vers la satire, Woody Allen donne dans le décalage et la dérision. "Escrocs mais pas trop" éclaire alors avec une certaine malice les tares de cette société qui n'est pas si haute qu'elle en a l'air, même si le film tombe parfois dans la facilité."

A bien des égards, Escrocs mais pas trop fait écho à ce fameux film de Mario Monicelli, Le Pigeon (1958), avec V.Gassman et Mastroianni; même bande de cambrioleurs maladroits qui s'est donnée pour but de dévaliser une banque, mêmes gags en cascade et situations rocambolesques. Woody Allen renoue moins brillamment avec la tradition burlesque qu'il avait délaissée un temps mais il ravive en nous la bonne époque de Bananas, Prends l'oseille et tire-toi ou bien encore Annie Hall. Escrocs mais pas trop tranche sur ses dernières livraisons. Il est aux antipodes de Tout le monde dit I love you et Celebrity. Pour la circonstance, ont été mis de côté les thèmes fétiches du cinéaste comme l'obsession du névropathe-narcissique-hypocondriaque pour le sexe, la psychanalyse et la création.

Woody Allen, dans la peau de Ray Winkler, un ancien prisonnier qu'on surnomme ironiquement "le Cerveau", se retrouve propulsé avec sa femme à la tête d'un immense empire... du cookie ! C'est l'occasion pour Woody Allen de peindre la haute société, tout en gardant un regard plein de cette naïveté qui se confond avec la vérité. Allen pointe du doigt les illusions et les déconvenues qu'apporte l'argent, avec ses chariots de complaisances et ses cargaisons de courtisans. La position sociale ne fait pas la valeur morale, et dans son costume kitsch, Ray Winkler, comme porte-voix d'Allen, ironise : "La classe, c'est quelque chose qui s'achète pas !". Cette formule à l'emporte-pièce cristallise tout le sujet du film : ce qui n'est pas naturel peut-il le devenir, avec en toile de fond, l'ancestrale question de l'argent qui peut faire le bonheur.

Sur le ton de la blague, de la raillerie, Allen s'intéresse au sentiment d'appartenance à une classe et surtout à la fragilité du lien social dans le "grand monde" comme il aime à l'appeler. Spécimen de l'actif exubérant, misogyne hors-pair, Ray Winkler ricane devant des usages surfaits et des êtres très collet-montés. A travers ses lunettes de myope, telles des loupes grossissantes, Allen accentue le trait. D'accord il exagère, mais si peu. Derrière les mots d'esprits grotesques, les balourdises, il touche juste et ses caricatures ne sont, quoiqu'on en dise, pas si loin de la réalité. C'est de cette exagération que naît l'acidité du regard satirique et le rire. Dans les hommes et les choses qu'il dénonce, Allen vise en eux des emblèmes, des signes, des mimiques. Il cloue au pilori David (Hugh Grant), un marchand d'art sans scrupules, pour son opportunisme et sa duplicité.

En infléchissant le burlesque vers la satire, Allen donne dans le décalage et la dérision. Escrocs mais pas trop éclaire alors avec une certaine malice les tares de cette société qui n'est pas si haute qu'elle en a l'air, même si le film tombe parfois dans la facilité.

Escrocs mais pas trop
de Woody Allen
Titre original : Small time crooks
Avec Woody Allen, Tracey Ullman, Hugh Grant
Etats-Unis, 1h 35min, 2000
Date de sortie : 06 Décembre 2000

Sur le web :
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Anthony Dufraisse