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Mari, donc, cette jeune fille opprimée, sans expérience et qui ne risquait pas d'en acquérir, scotchée par sa mère à la réception de l'hôtel du matin au soir, assiste un jour à une scène de scandale : une femme à moitié nue se rue hors d'une chambre, invectivant un homme âgé qui demeure caché et finira par prononcer un seul mot, un ordre terrible où il lui enjoint de se taire, de faire silence sur ces pratiques qui ne peuvent s'épanouir que dans l'ombre. Qu'a demandé cet homme à cette femme pour que même une prostituée s'en effarouche ? La jeune Mari s'arrange pour retrouver en ville l'homme mystérieux dont la voix profonde et l'assurance dans le commandement l'ont fascinée. A l'abordage, il se révèle pourtant timide et réservé, maniaque de la propreté, et exerçant un métier adéquatement maniaque et solitaire : il traduit du russe, des manuels et des brochures, mais surtout, pour son propre plaisir, un obscur roman où il est question d'amour violent, de cravaches et de strangulation. Comme si c'était ce qu'elle avait toujours recherché, Mari suit de son plein gré cet homme qui l'entraîne aussitôt dans des jeux érotiques faisant appel à tous les grands classiques du sado-masochisme (corps ligoté, coups de fouet et sévices en tous genre). En perverse accomplie, elle n'atteint l'orgasme que dans la souffrance et l'humiliation, accomplissant en quelques séances extrêmes sa véritable personnalité, jusqu'au dénouement qui abandonne toute prétention au tragique pour sombrer - sans complexes et c'est déjà ça - dans l'invraisemblable.
Malgré l'absence de réalisme social, Hôtel Iris est éminemment japonais : translucidité de l'écriture, limpidité de l'intrigue qui se dénoue comme un fil de soie après l'intervention d'un seul événement extérieur - ici l'irruption d'un tiers dans le couple - et absence de psychologisme à l'occidentale. Les penchants pervers des personnages ne s'expliquent que par quelques correspondances : le traducteur cherche à étrangler Mari comme sa femme fut étranglée dans un accident, et comme son neveu, (le tiers qui viendra ruiner l'équilibre de la relation), amputé de la langue, fut aussi privé de voix. Il n'est pas innocent que Mari, elle, recherche un homme de cinquante ans son aîné alors qu'il lui reste à résoudre la relation à son père et à son grand-père, morts tragiquement.
Suggérant sans insister les racines morbides de cette sexualité, Ogawa échappe aux poncifs SM grand-guignolesques, auxquels son sujet pouvait aisément donner lieu. Plus qu'une place au panthéon des littérateurs du sado-masochisme, elle a trouvé la voix d'une adolescente qui se révèle à elle-même dans l'extrémisme inavouable de son plaisir.
Hôtel Iris
Yôko Ogawa
Actes Sud, 2000
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