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Chaque année, sans faillir et toujours frénétique, Woody Allen jette un nouveau film en pâture au public. Le rythme est immuable, presque inexorable. Avant on s'en réjouissait. Maintenant, depuis disons "Escrocs mais pas trop" (2000), on serait tenté de lui conseiller la modération. Mieux vaut en effet la qualité que la quantité.
Ce désengagement qui confine à l'absence pourrait être racheté par une volonté affichée de légèreté. Louable en soi, elle ne peut pour autant justifier le bâclage de la facture. D'un éclairage sans relief à un perchman qui, d'endormissement, laisse pendre le micro à l'intérieur du cadre, le mystère s'approfondit. le style lui-même s'en ressent. L'abondance en "champ-contrechamp" étonne de la part de celui qui, dans ses productions des années 90, avait trouvé de merveilleuses solutions de découpage à ce poncif de la grammaire cinématographique. La mise en scène en devient anonyme. Un comble pour celui qui, aux Etats-Unis, personnifie le statut d'auteur.
On pourra bien sûr toujours objecter que ces manquements se justifient par une mise en abîme à l'intérieur d'une structure en narrations emboîtées. Nous n'en resterons pas moins sceptiques. Melinda et Melinda repose sur le principe des récits dans le récit, deux auteurs, l'un dramaturge, l'autre comique, se mettant à défi de raconter chacun une même histoire, celle d'une jeune femme imaginaire prénommée Melinda. Le premier l'exposera sous l'angle dramatique et le second sous l'angle humoristique. Où il sera bien sûr prouvé que la vie ne se résume ni à l'un ni à l'autre de ces aspects, mais que, tel le poivre et le sel dans une grande salade, tristesses et joies, amertumes et satisfactions s'y mélangent en toute allégresse. Belle découverte s'il en est que le sieur Allen ne prétend pas avoir trouvé le premier. Tout au plus propose-t-il une énième variation sur le thème qui a au moins le mérite de s'afficher dans toute sa lisibilité, sans profondeur ou texte en filigrane.
Le prologue et l'épilogue où l'on voit les deux auteurs résumer et expliciter leurs "thèses" en paraîtraient presque superflus. Cette inutilité est néanmoins le garant de la modestie du projet. Elle est comme un rappel à ceux qui, exégèses assoiffés de sens, tenteraient de creuser là où il n'y a que l'évidence de la surface. Au fond, c'est peut-être ici, dans cette évidence, qu'il est encore possible de trouver Woody Allen. Lui dont le personnage emblématique serait ce Zelig aux multiples visages, lui qui s'est souvent caché par le pastiche derrière les œuvres des autres, se dissimule aujourd'hui sous son propre masque. En d'autres termes, par Melinda et Melinda, il devient la caricature de lui-même. Sous ces traits forcés, on devine un créateur en quête de simplicité, dénué de qualités propres, quoique toujours obsédé par la présence de la mort, de la dépression et de l'incomplétude. Débarrassé de l'aigreur et de la violence sourde de ses deux précédents films, Hollywood ending et Anything else, il se laisse aller, se détache de l'acte créateur et avoue que ce grand jeu de rôles n'a plus beaucoup de sens à ses yeux. Pour combien de temps encore ?
Melinda et Melinda
Etats-Unis, 2004, 100 min
Réal.: Woody Allen
Avec : Chloé Sévigny, Rhada Mitchell, Amanda Peet, Chiwetel Eijofor, Will Ferrell, Johnny Lee Miller, Wallace Shawn.
Sortie en salles depuis le 05 janvier 2005
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