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Le Château ambulant est l'une des oeuvres les plus complexes, mais aussi l'une des plus limpides, de Miyazaki Hayao. Récit initiatique où toutes les potentialités de l'être se mêlent - magique, humain, naturel, mécanique -, le film raconte l'histoire de Sophie, jeune femme ensorcelée qui ne trouvera l'amour qu'après avoir exploré tous les âges de la vie.
Cette indistinction entre réel et imaginaire, qui forme le contrepoint narratif et esthétique du cinéma de Miyazaki, atteint un degré inédit avec Le Château ambulant. A partir d'un récit inspiré du roman de Diana Wynne Jones, Le Château de Hurle, Miyazaki élabore un de ces contes initiatiques féminins dont il est familier. Il suit les aventures de Sophie, jeune fille solitaire ensorcelée (elle a vieilli de 80 ans) qui se fait engager comme femme de ménage dans le château ambulant du magicien Hauru. Celui-ci est un beau jeune homme aux allures de prince charmant très shojo manga (style Candy, pour aller vite), soucieux de son apparence et dont elle va tomber amoureuse alors que dehors le monde est en guerre.
La grande force du film tient à un procédé discursif qui se joue du temps et des apparences. Au long du récit, Sophie ne cesse de changer d'âge. Tout d'abord jeune fille puis grand-mère, elle passe d'un rôle à l'autre avec une légèreté de ballerine. D'une scène à l'autre et de façon imprévisible, Miyazaki la fait rajeunir puis vieillir. Il la situe dans un entre-deux permanent. En lui faisant accepter d'être dans ce corps et assumer progressivement les conséquences de ce vieillissement au regard des autres, il la place potentiellement dans toutes les vies, entre tous les âges. Son apprentissage, ce chemin qui la mène vers le dehors et à la rencontre de celui qu'elle aime, passe ainsi par un champ de tous les possibles de l'être. En passant d'un âge à l'autre, le personnage de Sophie témoigne du souci d'impermanence de Miyazaki. Il démontre cette volonté de penser le monde par une échelle des âges où chacun se doit d'avoir sa place face à la précarité de la vie ; de là naît un enseignement, une sagesse. En arpentant diverses couches de réalité au sein d'une seule (et d'un même visage), Le Château ambulant se hisse en toute simplicité au rang des Resnais les plus conceptuels - L'Année dernière à Marienbad, (1960), Providence (1977) - sans jamais perdre en émotion. Le trait d'un génie qui pense le monde sous l'angle du protéiforme, de la métamorphose, de la réversibilité. Un jeu d'apparences rappelant Lewis Caroll pour un monde où la vérité se joue sans cesse du regard.
Face à la ligne de pastel clair qui parcourt l'œuvre de Miyazaki, l'ombre est souvent de l'ordre de l'informe, de la masse visqueuse (les sbires de la sorcière des landes), du monstrueux. Mais l'ombre dans Le Château ambulant, c'est aussi la guerre, la destruction contre laquelle Hauru lutte, dans un idéal juvénile par le biais duquel Miyazaki portraitise une certaine jeunesse japonaise contemporaine. Cette guerre est ici montrée sous un angle d'une cruauté rare chez Miyazaki, au travers de séquences qui fonctionnent par leur force d'opposition au merveilleux. Les batailles que livre Hauru contre des machines insensées, hybrides de mécanique et d'animal rétro futuriste (rappelant au passage Nausicaa), dévoilent l'absurdité d'une lutte innommable. Un humanisme naïf et beau s'impose alors, à l'image de la pureté des sentiments, d'un amour idéalisé, d'un monde de conte de fées dont il faut enlever la violence et la mort. Mais tout communique et rien n'est sans raison. C'est au travers et grâce aux événements que Hauru et Sophie se rejoignent, c'est face à la vie entre horreur et bonheur que leur amour peut être enfin partagé.
Le Château ambulant
(Howl's moving castle)
Un film de Miyazaki Hayao
D'après l'oeuvre originale de Diana Wynne Jones
Japon, 2004
Durée : 1h59
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