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Avant la sortie du remake américain de Ring 2 par Nakata Hideo lui-même, Shimizu Takeshi prend les devants en adaptant son Ju-On (version japonaise) en The Grudge (version US), un film de fantômes dont certains connaissent la mélodie mais d'autres toujours pas la chanson.
Arrive alors Shimizu poussé par Kurosawa Kiyoshi (qui, entre Séance et Kaïro, connaît bien les fantômes) et Takahashi Hiroshi (scénariste de Ring) pour reprendre le flambeau d'un genre déjà très populaire au Japon avant que Nakata ne le ressuscite. Surprise, Ju-On cartonne dans son pays. Pourtant, quoi de neuf ici qui ait pu convaincre ? Pas grand chose ou peut-être l'essentiel. En soi, le film de Shimizu n'est qu'un succédané. Il reprend une palette d'effets de mise en scène et de figures déjà utilisés ailleurs et ne s'embarrasse plus d'aucune mise en perspective. Tout est dans l'intensité. A la différence de Nakata, qui détourne le genre pour le transformer en étrange procédé discursif où les fantômes deviennent les symptômes de divers aspects de la société japonaise, Shimizu ne s'intéresse qu'à l'effet ; il vise à une forme de contamination. Voilà pourquoi Ju-On, et partiellement son remake américain, constituent une étrange entrée en matière.
Le dispositif de la version japonaise, plutôt déroutant, parfois envoûtant, consistait à désamorcer toute narration possible pour ne garder que les moments forts du film de fantômes : leurs apparition et l'ensemble du processus où la victime est prise dans les filets du découpage. Un procédé systématique, débarrassé de réels enjeux, mais qui donnait à Ju-On une certaine économie de l'artifice visuel et sonore. Ainsi, la lecture étant vidée de toute intertextualité, le scénario n'ayant rien à raconter, le film ne cherchant pas à faire sens, ne restait qu'un pur jeu de montage, d'apparitions, de cadrages et autres découpages. Une mise en espace, une sorte de concentré émotionnel pur, pas toujours frémissant, souvent en répétition (effet Nakata oblige...) mais suffisamment étrange dans son procédé pour arriver à en faire une curiosité.
Le remake reprend à quelques détails près la version japonaise (recontextualisation des personnages en fonction de leur statut d'étranger, dernier tiers du film adapté selon le statut d'exilé et des personnages liés). Mais ces quelques détails font que cette adaptation brille davantage par ses défauts que par ses qualités. Si les deux films gardent cette économie constante du cadre, la version américaine manque étrangement de force de présence : le plan se vide là où dans la version japonaise il se tenait. Tenir sur pas grand chose, sur un mensonge, une lumière, en nous donnant un autre ticket pour un train fantôme déjà visité, mais tenir quand-même, tel était le pari de Shimizu. Un pari naïf qui misait sur notre regard en croyant qu'il était encore possible de croire au cinéma et aux fantômes. The Grudge (US) est un film rationnel, donnant des informations, des explications. Il se justifie là où Ju-On voulait d'abord du mystère et du cinéma, là où Shimizu préférait être Jacques Tourneur que M. Night Shyamalan. Ju-on était un cinéma très facile, opportuniste mais complice, tandis que The Grudge sert surtout à emballer les filles cramponnées à votre coude. Après tout, c'est déjà pas si mal.
The Grudge
Un film de Takashi Shimizu
Etats-Unis /Japon, 2004, 96min
Avec Sarah Michelle Gellar, Jason Behr, Bill Pullman, Clea Duvall, Ishibashi Ryo.
A propos de Kiyoshi Kurosawa sur Fluctuat :
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