Sur scène, le dramaturge Enzo Cormann peine à faire se rencontrer les trois artistes maudits que sont Bernard-Marie Koltès, le desperado joyeux, Chet Baker, le prince de la fêlure et Jean-Michel Basquiat, l'enfant radiant respectivement incarnés par Thierry Blanc, Carlo Brandt et Jean-Louis Loca.

S'il s'agit d'« ne rencontre post-mortem dans les limbes muséales de l'adulation générale », celle-ci, par manque de dynamisme, ne parvient pas à réveiller les morts ni à faire émerger une véritable ligne de force entre les trois incarnations de l'ange.

Pour Enzo Cormann, "le théâtre n'est au fond qu'une entreprise de publication de ces voix mortes dont tout un chacun est criblé. L'écrivain peut convoquer les morts à une manière de colloque, de se poser en régulateur d'un débat d'outre tombe... »

Cependant, lorsque Cormann donne à voir et à entendre ces voix défuntes comme réincarnation du génie de ces trois artistes disparus à quelques mois d'intervalles, entre mai 1988 et avril 1989, le spectateur se retrouve face à un poème dramatique en manque de résonance. Ainsi, ni les comédiens au jeu approximatif, ni la mise en scène trop basiquement inspirée du dessin d'Antonin Artaud (« La Révolte des anges sortis des limbes ») représentant trois cercueils ouverts et habités (ici des visages sculptés posés côte à côte qui ne se voient et ne se parlent donc pas) ne parviennent à insuffler un peu de vie à ce dialogue de sourds que se livrent tour à tour ces trois individus progressivement dépossédés, transformés en figures symboliques ancrées dans la mémoire collective.

Tour à tour, les trois personnages réduits à la condition d'objets culturels reviennent sur leur vie d'artistes maudits et se révoltent contre leur chosification post mortem dénonçant leur statut d'icônes auprès du public. Si ceux-ci s'insurgent et gesticulent sur scène comme pour redonner un peu de mouvement à leur œuvre plongée dans l'immobilité de l'adulation massive, ce n'est qu'au travers de monologues qui ne trouvent pas l'écho attendu. A noter cependant, la belle prestation de Carlo Brandt qui campe avec brio un Chet Baker plein de prestance.

La révolte des anges
Texte et mise en scène : Enzo Cormann
du 24 novembre au 18 décembre 2004
Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte Brun Paris 75020
renseignements : 01 44 62 52 00
Et du 11 au 15 janvier 2005 au Théâtre National Populaire de Villeurbanne (04 78 03 30 00).

Audrey Epeche




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