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Carlotta films, novembre 2004 (édition Prestige 2 dvd)
Donald Sutherland a le teint fardé et un drôle d'air exténué, accentué par une perruque placée étonnamment haut sur son front rasé : ce « grand personnage en cire plein de sperme avec les yeux d'un masturbateur » (dixit le cinéaste au journaliste Costanzo Costantini) est le Casanova de Fellini.
Le film, ressorti en salles le 24 novembre, est disponible en double dvd (édition prestige, Carlotta) : on voit assez dans les bonus que le tournage en fut difficile, éprouvant tant pour le réalisateur que pour son acteur principal. Donald Sutherland ne se fit jamais vraiment à la direction d'acteurs de Fellini, à la maestria particulière de ce réalisateur-marionnettiste (voir Ciao Federico ! 1970, de G. Bachman) et Je suis un grand menteur (2003, de D. Pettigrew). Cette tension est presque palpable dans le jeu de l'acteur hollywoodien, et donne une profondeur intéressante à son interprétation d'un Casanova désabusé, aussi ridicule que délicat, qui traverse une Venise fellinienne peuplée de personnages exubérants, de la géante à la courtisane plantureuse, en passant par la femme androgyne ou la nonne perverse... Extrêmement ambigu, le Casanova de Fellini oscille entre jouisseur cynique et poète quasiment féministe : le scène centrale de la femme automate est exemplaire à cet égard, où l'on ne sait bien si Casanova méprise un jouet qu'il jette sitôt après l'avoir pris et cassé, ou si ce « rêve de femme » est la créature qu'il a espérée toute sa vie. Le Casanova de Fellini est un personnage mal-aimé : réglé comme du papier à musique écrite par Nino Rota (le thème de l'oiseau automate), son désir mécanique s'épanouit, à la fin de sa vie, dans cette rencontre avec une poupée de cire.
Histoire d'un Pinocchio du sexe, dont l'improbable tenue de scène rappelle les langes du nourrisson, Le Casanova de Fellini a failli ne pas naître. A sec, Fellini eut l'idée de « commander » un documentaire sur son film qui ne se faisait pas : E il Casanova di Fellini ?, tourné en 1975 par Gianfranco Angelucci, est proposé en bonus au film. En contrepoint à l'interprétation de Donald Sutherland, si étranger à l'imaginaire et à la technique de Federico Fellini, on découvrira les tentatives de ses acteurs fétiches pour décrocher le rôle, dans des mises en scène de casting mi-figue mi raisin : Ugo Tognazzi semble sortir de La Grande Bouffe, Marcello Mastroianni évoque le « labyrinthe des femmes » dans lequel il s'aventurera dans la Cité des Femmes, et Alberto Sordi compose une pitrerie d'enfant prodige sûr de son coup… Ces visages « off » de Casanova composent un palimpseste dont Fellini s'est aidé pour réaliser son film, et annoncent l'instabilité de la figure finale donnée par Sutherland : sur le double dvd, le Casanova de Fellini se mesure à ces Casanova trop "felliniens", sans doute, pour interpréter ce séducteur paradoxalement méprisé par le réalisateur, auquel il consacra l'une de ses réalisations les plus ambitieuses et les moins bien reçues.
- DVD 2 : Bonus / documentaires inédits : entretiens sur la musique de Nino Rota, sur le personnage historique de Casanova, sur le tournage du film + E il Casanova di Fellini ? (72 min), film de Gianfranco Angelucci, avec Federico Fellini, Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, Alain Cuny…
- Lire la chronique du DVD Le Casanova de Fellini de Federico Fellini (Carlotta, 2004)
- Lire la chronique du DVD Boccace 70 (Fellini, Visconti, De Sica, Monicelli)
- Lire la chronique du DVD Ciao Federico ! de G. Bachman (1970)
- Lire la chronique du film Je suis un grand menteur de D. Pettigrew (2003)