Fermer

Le Secret des poignards volants

Critique

Lecteurs

Votre note

In the mood for fight

Après le clinquant Hero, Zhang Yimou semble avoir retrouvé une nouvelle vitalité dans le wu xia pian (film de sabre), genre éminemment populaire en Chine. Il trouve ici un équilibre impressionnant entre scènes d'actions virtuoses et une romance tragique interprétée par les trois acteurs superstars du moment. Maîtrise totale, plaisir maximum.

Dans une Chine médiévale, le gouvernement est mis à mal par des groupes insurrectionnels, parmi lesquels la Maison des Poignards Volants, qui vole aux riches pour donner aux pauvres. Leo et Jin, deux soldats dévoués, tentent de mettre la main sur le chef de la bande. Pour cela, ils commencent par la maison close du coin, dont la nouvelle recrue, aveugle, semble suspecte. L'un des deux se « dévoue » pour séduire la belle et ainsi infiltrer les rangs ennemis. Bien sûr, sentiments et devoir faisant mauvais ménage, la situation va s'envenimer, d'autant plus que la belle porte un double secret...

Si le scénario ne va pas chercher très loin, au moins peut-on apprécier avec ce Secret des Poignards Volants l'absence de l'idéologie patriotique qui noircissait salement le tableau dans Hero. Cette fois-ci, Zhang Yimou ne prône pas le sacrifice individuel, mais nous conte une fable où rime l'amour avec la mort. Servi par des acteurs aussi sublimes que talentueux (Andy Lau le Hong Kongais, le Japonais Takeshi Kaneshiro et la Chinoise Zhang Ziyi), la tragédie s'inscrit parfaitement dans le Wu Xia Pian, qui est normalement un genre plutôt léger et « simplement » virtuose dans les combats. On pourrait suspecter ici la volonté de conquérir le public européen, si ce genre classique n'était autant respecter et quasiment suivi à la lettre.

Toutes les scènes attendues par le fan de cinéma chinois sont en effet réunies là : une scène de combat « introductive », qui nous permet de deviner jusqu'à quel degré de fantaisie le film se laissera porter (degré de magie et de virtuosité athlétique) une scène de combat en intérieur, une en extérieur, et bien évidemment une dans une forêt de bambous. Cette dernière scène étant par ailleurs sans doute la plus belle du film, puisque les combattants se retrouvent aussi bien au sommet des arbres (volant au dessus d'eux) qu'au sol. Oscillant entre ces deux extrémités, Zhang Yimou marie à merveille l'énergie et la poésie, aidé en cela par un sens esthétique qui, s'il vire parfois au clinquant, trouve ici sa juste mesure. Et pourtant, il en fait beaucoup : décors hyper maîtrisés, costumes magnifiques sans cesse renouvelés, extérieurs dans des paysages automnaux à couper le souffle, effets spéciaux dernier cri... On sent le budget du film dans chacun de ses plans, une richesse qui parfois étouffe un peu, mais qui globalement - ne boudons pas notre plaisir - concourt à un effet de spectaculaire rarement atteint.

Parfaite petite machine, Le Secret des Poignards Volants emporte paradoxalement le morceau dans ses séquences en retrait, où émerge un peu de spontanéité dans un récit archi-codé. Ainsi, lorsque le soldat laisse la belle aveugle se laver dans un lac, il lui promet de s'éloigner en faisant teinter son épée, afin qu'elle soit sûre qu'il ne la regarde pas. Astuce façon Petit Poucet, il accroche son épée à un arbre, un écureuil énervé la faisant teinter pour lui. Dans ces espaces où peut souffler le récit, lorsque les acteurs sont libres de cabotiner, on découvre un peu d'âme à ce film, une petite épaisseur qui le fera durer plus longtemps que nombre de ses prédécesseurs.

Le Secret des Poignards Volants
Un film de Zhang Yimou
Avec Andy Lau, Ziyi Zhang, Takeshi Kaneshiro
Hong-Kong/Chine, 2003, 1h59
Sortie en salles le 17 novembre 2004

[illustrations : © United International Pictures]

Laurence Reymond