On se demande bien pourquoi il faudrait parler de l'album de William Shatner alors qu'il y a sans doute beaucoup mieux à écouter ces derniers temps. Disons que Has Been a quelques qualités à faire valoir qui dépassent son strict intérêt musical et lui valent d'être remarqués ici.
1°) William Shatner est un
has been ou plus sûrement, de notre point de vue, un
never (really) was. Comme
Has Been s'appelle
Has Been, on peut supposer que c'est un homme qui aime le second degré ou qui a une certaine intelligence.
2°)
Star Strek est un phénomène mondial, à défaut d'être interplanétaire.
Cent millions de fans à travers le monde ne sauraient avoir tout à fait tort d'avoir élevé une statue au capitaine Kirk si William Shatner ne valait pas tripette.
3°)
Has Been s'ouvre sur une reprise énergique du
Common People de Pulp (
écoute au format Quick Time). A se demander comment le morceau a atterri ici. Toujours est-il que
Common People est un titre grandiose et grandiloquent, l'instant où la Brit Pop va rencontrer le peuple britannique, l'instant où Jarvis Cocker devient le plus grand homme du Royaume Uni... pour quelques mois.
4°) Ben Folds produit ce second album de William Shatner. Ben Folds chante lorsque William Shatner ne va pas assez vite pour les paroles qu'il aurait composées lui-même. C'est assez curieux mais Ben Folds n'est ni un mauvais musicien, ni un mauvais chanteur. Il a incarné en son temps l'esprit du rock
indie. Le travail de production est ici particulièrement subtil, distillant du son pop ou de la dentelle électro, là où on attendait du kitsch et de la guimauve.
5°) William Shatner a joué récemment dans un « film de télé-réalité » où une équipe d'extra-terrestres (faux, les extra-terrestres) vient défier une équipe de terriens (dirigée par W.S.) autour d'une partie de Paint Ball arbitrée par Big Head, un monstre en latex gris. Le gagnant emporte la planète. Cette merveille s'appelle
Paint Ball, tout simplement. On n'imagine même pas ce qu'il faut fumer ou boire pour inventer un truc pareil ou jouer dedans.
6°) William Shatner se situe dans l'imaginaire collectif entre Massimo Gargia et Dean Martin (oups, lire le
Petit guide du Dean Martin sur flu,
ndlr). Il n'est pas tout à fait crédible en playboy américain mais pas totalement dénué de charme non plus. Certains se souviendront qu'on le voyait, il n'y a pas si longtemps, le dimanche après-midi dans la série policière
Hooker. Shatner jouait un flic fringuant et courait comme s'il s'était assis plus d'une fois sur sa matraque.
Hooker veut dire « pute ». C'était son nom dans la série.
Alors quoi ? William Shatner n'est pas Sinatra. Shatner ne sait pas chanter et n'a pas la classe de Robert Mitchum. Son spoken word est gras du bide. Il murmure, il parle. Mais il arrive à intriguer et à séduire sur quelques titres. You'll Have Time et That's me Trying sont superbes et, bien que bizarrement produits, assez sexy. Together ressemble à du bon Leonard Cohen. Ideal Woman est un ratage total, inécoutable. Has Been, le titre éponyme, fera marrer vos amis mais peut difficilement être qualifié de chef d'œuvre.
D'une façon générale, Has Been ne vaut que lorsque Shatner se prend pour un crooner et n'essaie pas de jouer au plus fin en empruntant un univers sonore qui le décrédibilise (soul, country). Là seulement, sur trois titres à peine, il réussit à dépasser le caractère anecdotique et « collector » qui fait qu'on vous enviera ce disque plus pour sa pochette classieuse que pour l'écouter.
Has Been
William Shatner
Epic
Dans les bacs depuis octobre 2004
Myosotis
Le 24 November 2004
Sur le web :
-
William Shatner online
- Le site officiel de l'album
Has Been
- Ecoute intégrale de l'album
Has Been (Quick Time) sur
Shout factory
-
Communauté : les forums Star Trek en France
- Lire la chronique de l'album
We love live de Pulp (2001)