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Hommage au Monty Python Flying Circus
Quoi qu'on en pense, le cinéma doit beaucoup à la télévision, surtout celle de la fin des 60's. Quelques mois à peine après que les Shadoks eurent bouleversé le petit écran en France, de l'autre côté de la Manche, un phénomène totalement inconnu déboulait à son tour dans les foyers anglais : le Monty Python Flying Circus.
Le génie comique des Monty Python est indéniable, mais un petit détail vient nous le prouver : alors qu'il est issu de la télévision, leur style s'est épanoui au cinéma. Une réussite qui n'a rien d'évident, tant il semble aujourd'hui que l'investissement massif des bouffons télévisuels dans le genre comique ne parvient à produire qu'un nombre exponentiel de navets cinématographiques. Si les films des Python ont un réel impact sur grand écran, la raison est sans doute à rechercher dans la diversité de ses six membres, chacun ayant depuis leur séparation trouvé son propre chemin : show télévisés, spectacles, écriture ou encore réalisation. Grâce à la grande liberté qui leur fut laissée par la BBC, les Monty Python ont pu faire ce que peu de réalisateurs parviennent un jour à faire : des films totalement personnels, de purs OVNI cinématographiques.
Le club des 6
A l'origine, les cinq anglo-saxons de la bande sont tous de férus universitaires : Terry Jones et Michael Palin se sont rencontrés à Oxford, tandis que Graham Chapman, John Cleese et Eric Idle sont des amis de Cambridge. Un détail qui doit avoir son importance, puisque l'on sent à travers les sketchs différents types d'approche comique. Purs enfants de l'humour anglais, pince-sans-rire et d'une précision du verbe quasi chirurgicale, les trois de Cambridge avaient tous écrit des sketchs avant de rejoindre les Monty Python. Immense par la taille et la carrure, John Cleese est le plus physique de tous. Parfait dans le détachement, il peut dire les plus énormes absurdités sans froncer un sourcil. Graham Chapman, avec son allure de Monsieur tout le monde, interprète les militaires moralisateurs et surtout les rôles imposant du roi Arthur dans Sacré Graal ! et de Brian dans La Vie de Brian. Rien d'étonnant puisque chez les Python, le héros est un être commun, alors que le commun (et le quotidien) devient héroïque. Enfin, Eric Idle possède le débit de parole le plus impressionnant de tous, ainsi que la particularité d'être le plus souvent travesti. Très satirique et fondé sur une analyse poussée des différents niveaux de langue et des attitudes sociales, cet art du dialogue et de la caricature est l'un des fondements de l'humour des Monty Python.
Plus axé sur le jeu d'acteur et la construction de scènes, Michael Palin est l'inoubliable empereur zozotant de La Vie de Brian. Il est le plus tendre du groupe, dans son jeu comme dans les rôles qu'il interprète. Avec Terry Jones, qui réalise tous leur films à l'exception du premier, et qui est abonné aux rôles de vieilles dames aigries telle que la mère de Brian, ils ont sans doute beaucoup contribué à ouvrir la mécanique implacable de l'humour pythonesque à quelque chose de plus large que le cadre du gag télévisuel. On pense bien sûr à la comédie musicale (la première scène du Sens de la vie) ou plus généralement au travail de mise en scène qui fait des deux « vraies » fictions du groupe, Sacré Graal et La Vie de Brian, des films à part entière. Ce que Terry Jones poursuivra ensuite, en réalisant trois autres films aux univers délirants : Personnal Services, Eric le Viking et Le Vent dans les Saules.
Terry Gilliam enfin est sans conteste le plus hétérogène au groupe puisqu'il est américain. Dessinateur de formation, il est le directeur artistique ainsi que le créateur de toutes les animations qui apparaissent dans le Flying Circus puis dans les films des Python. Un peu détaché des autres puisqu'il n'écrit pas et joue peu, il a pourtant marqué de son inventivité débridée l'univers pythonesque, en insufflant une poésie surréaliste et enfantine inspirée par les films du cinéaste tchèque d'animation Karel Zeman. Une marque que l'on retrouve bien sûr dans les films qu'il réalise plus tard aux Etats-Unis (Brazil, L'Armée des 12 singes...). En rejoignant les cinq Britanniques pour former les Monty Python en 1969, sans doute Gilliam ne se doute-t-il pas de l'ampleur du phénomène qu'ils vont susciter.
Sens interdit : l'humour selon Python
Né à une époque de révolte, l'humour des Monty Python s'inscrit parfaitement dans son temps. Style débridé et férocité du trait, il semble que le très sain moteur de toute leur petite entreprise tienne en un mot : transgression. A commencer par la transgression de l'outil même des acteurs : le corps. On retrouve ce grotesque cruel et sauvage des burlesques primitifs, lorsque les personnages scient la branche sur laquelle ils sont assis ou font des chutes vertigineuses. Travestissement (inoubliables Hells Grannies, ces furieuses vieilles filles qui taguent sur les murs « make tea, not love »), meurtrissures (le chevalier sans bras et sans jambes de Sacré Graal !, les multiples incapacités physiques des personnages), ou magie de l'animation, le corps comique des Python est une pâte que l'on modèle pour atteindre un univers surréaliste qui n'est pas exempt de violence. Première perte de sens, le corps n'a plus de limite ici, il ne suscite plus d'empathie.
Tout comme les corps, les situations se trouvent elles aussi transgressées. On assiste à une dégénérescence du quotidien, où chaque petite contrariété prend des proportions incroyables. L'humour est ici une question d'accumulation. Sur un rythme frénétique, les gags s'enchaînent, les situations enflent jusqu'à explosion, parfois littéralement, car il y a beaucoup de pyrotechnie chez les Python. Avec un imparable sens de l'absurde (leur sixième sens à eux), les Python ne laissent personne de côté. Tout le monde en prend pour son grade, des aristocrates débiles (la fameuse course du Benêt Bien Né de l'année) aux petits employés mesquins, en passant par les militaires obsessionnels. Mais leur art de la satire sociale n'est jamais allée aussi loin que dans La Vie de Brian, chef d'oeuvre où la parodie de la vie de Christ devient une satire politique qui, à défaut d'être fine, n'en est pas moins pertinente.
Ce qui relie toute l'oeuvre des Python, des films à sketch aux films « à histoire », outre leur esprit sauvagement irrévérencieux, c'est aussi leur usage frénétique de la parodie. Encore une fois, tout y passe : les films d'Ingmar Bergman (Sacré Graal et son générique sous-titré suédois), les films de propagande militaire (l'ouverture de la Première folie), la comédie musicale, les émissions télévisées, les publicités stupides. Tous d'autant plus réussis qu'il font preuve d'une parfaite « crédibilité » dans leur forme. C'est là tout l'art du célèbre non-sens britannique, qui, avec le plus grand sérieux, fait passer les idées les plus démentes. Mais, pour aller encore plus loin, les Python instaurent dès leurs premiers sketchs l'idée d'auto-parodie. Dans Sacré Graal, personne n'est dupe de la reconstitution moyen-âgeuse, surtout pas les personnages, qui remarquent tous l'usage des noix de coco pour imiter les bruits de sabots (pour des cavaliers qui, par ailleurs, n'ont pas de chevaux). On assiste ainsi souvent à des mises en abyme, qui interdisent toute croyance dans la fiction pure. Alors qu'ils maîtrisent parfaitement les techniques de l'humour « professionnalisé », les Python s'amusent à les déconstruire, à partir à l'encontre des codes attendus par les spectateurs. Preuve de leur totale liberté, les Monty Python nous montrent un horizon supérieur de l'art comique : déplacer les frontières, bouleverser nos attentes, en un mot, changer la perspective.
Monty Python
Rétrospective les 20, 21 et 22 novembre 2004.
Dans 18 cinémas de la Seine-Saint-Denis.
Prgrammation dans le cadre des rencontres cinématographiques de la Seine-Saint-Denis
Nota : L'article "Les Monty Python : sens dessus dessous" est extrait du Catalogue des rencontres cinématographiques de la Seine-Saint-Denis 2004, disponible dans les différentes salles de la région durant toute la durée du festival et, en ligne, directement auprès de l'association cinemas93.org. En partenariat avec Fluctuat.net.
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