Au Palais de Tokyo, du 3 novembre au 3 décembre 2004
Une exposition d'un nouveau genre - intitulée « Hype Gallery » - se tient actuellement dans les murs du Palais de Tokyo. Le concept, pour le moins original, est plébiscité par un large public et a contrario déchaîne un flot de critiques hostiles dans la presse et les forums de discussion.
Le principe est simple : n'importe qui peut physiquement déposer une de ses images - sur Cd, DVD, ou clé USB - afin de gratuitement l'imprimer (en poster de bonne qualité), puis l'exposer dans un centre d'art pendant un mois. Il est également possible d'apporter un de ses films pour le diffuser dans une salle de projection. Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, il est possible d'uploader des contributions via le Web ; malheureusement pour des raisons de résolution insuffisante, celles-ci ne sont pas imprimées, mais uniquement vidéo-projetées dans un « couloir des images ». Le but officiel est d'offrir à tout un chacun une chance et des compétences technologiques pour montrer son génie créatif.
La première expérience, qui s'est tenue à Londres, a gagné les faveurs du public (1647 images et 30 films déposés en janvier 2004) et de la presse. Depuis le 3 novembre, le même concept est repris à Paris dans 1100 m² du Palais de Tokyo (PdT). Mais cette fois, le bilan est beaucoup plus mitigé. Certes le public est là (6225 visiteurs lors des cinq premiers jours), mais le principe a du mal à passer auprès de la critique française.
L'Affaire débute le 14 octobre avec le percutant édito de Paris-art.com, intitulé « Publicis curating ». Commençant par critiquer le concept ressemblant plus à un slogan parfaitement ciblé qu'à une problématique esthétique, André Rouillé surenchérit en s'en prenant directement à la politique du PdT. Selon lui, le choix de laisser une entreprise exposer gratuitement des talents inconnus dans l'un des plus grands musées parisiens, ne peut que laisser suggérer dans la tête des gens que l'art contemporain est devenu le règne du n'importe quoi. Réflexion judicieuse, notamment lorsque les noms des organisateurs sont volontairement cachés. Nulle part, il n'est possible de voir leurs logos… et inconsciemment on pense que l'exposition est commissionnée par le PdT (alors qu'il ne fait que louer ses espaces).
La polémique atteint un nouveau seuil, sur le forum du PdT, avec la mise en lumière de règles inhabituelles en France. Dans la charte, on peut lire « Quel type d'œuvre ? Graphisme, photographie, illustration, court-métrage, accompagnée d'un titre avec les lettres h et p dans cet ordre. Expression libre, mais sont à éviter le politiquement incorrect, les registres trash/érotique/pornographique, et les connotations religieuses ». A travers ces contraintes, on observe d'une part que le choix des lettres est plus qu'évocateur (« hp », comme hype à votre avis ?). Et d'autre part, on peut s'interroger sur les thématiques abordables. Surtout lorsqu'un cinéaste aussi talentueux que Stéphane Libiot se plaint d'avoir été commandité pour amorcer la galerie puis refusé pour le motif suivant : « Ton film que nous avons beaucoup aimé a été perçu comme susceptible de choquer les croyances et les religions des spectateurs... résultat qu'une entreprise américaine ne peut prendre le risque de cautionner. (1) ».
Cette expérience - que l'on pourrait, dans le principe, qualifier de 'Star accademy' des arts visuels - a permis à la critique française d'affûter ses positions quant à la place des entreprises dans le champs de la création : si elles remplissent un rôle de mécène respectueux, pourquoi pas ? Mais attention à ne pas museler l'art contemporain et à ne pas encourager tout et n'importe quoi sur son dos. Espérons que ces revendications seront entendues et que de tels constats de puritanisme ne s'abattront plus dans nos centres d'art.
Note :
(1) Pour amorcer leur galerie, HP et Publicis commissionnèrent des clips à dix-sept jeunes réalisateurs. Quinze œuvres furent retenues, deux furent refusées. Hominiscorpus de Stéphane Libiot, qui est l'une des deux à avoir été censurée, est accessible au : http://www.hominiscorpus.com/indexflash.html. Quelques unes des précédentes réalisations de ce directeur artistique sont visibles au : http://www.lovo.be/stephanelibiot.htm.
Hype Gallery
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson
75116 Paris
Tél. : 01 47 23 54 01 et 01 47 23 38 86
Mail : info@palaisdetokyo.com
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