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Direction : Sylvain Cambreling. Mise en scène : Stanislas Nordey. A l'Opéra de Paris-Bastille jusqu'au 05 novembre 2004
S'il ne s'agit pas à proprement parler d'une très grande œuvre, le Saint François d'Assise d'Olivier Messiaen (1908-1992) est pour le moins une œuvre monumentale : près de six heures de musique, huit tableaux scéniques différents, deux cents musiciens... L'Opéra-Bastille a donné vendredi la dernière d'une excellente version dirigée par Sylvain Cambreling et mise en scène par Stanislas Nordey.
Messiaen, pourtant, n'était pas très à l'aise avec l'opéra… et cela s'entend dans Saint François d'Assise. Hésitant à accepter la commande de Liebermann, il mit huit années à la réaliser. Le livret se réduit à quelques pages, et les parties vocales sont peu intégrées aux parties orchestrales ; elles se répondent plutôt l'une l'autre au cours de chaque scène. L'emphase de quelques musiques conclusives des tableaux, la profusion et le mélange de styles très hétérogènes (musiques de cabaret, chants liturgiques…), l'envie palpable chez le compositeur de louer Dieu sans fin, de lui dresser une véritable cathédrale musicale, rendent pourtant l'ensemble un peu… étouffe-chrétien. Dans la version livrée à Bastille, l'excellente performance du directeur musical Sylvain Cambreling est d'autant plus salutaire : par une très grande capacité à condenser jusque dans son corps les multiples rythmiques écrites sur la partition d'orchestre, il arrive à livrer de Saint François d'Assise une production musicalement cohérente.
La mise en scène de Stanislas Nordey est sobre, et belle. Peu de décors, peu de mouvements. Juste quelques pans de murs, quelques fenêtres géantes, colorées de nuances étincelantes comme un iris, chaudes comme un écrin. Tel un cadre photographique laissé partiellement vide, elle donne de l'air à la musique de Messiaen. De l'air là où, précisément, l'art du compositeur a besoin d'espace pour se déployer. Frère Léon explique ses souffrances, le manque de Dieu qu'il ressent parfois sur son chemin - « J'ai peur, j'ai peur sur la route » est le leitmotiv de l'opéra. S'ensuit une saisissante séquence orchestrale où les vents et les xylophones, placés de part et d'autre de la fosse, s'articulent fortissimo avec violence, tandis que l'absence de sonorités veloutées apportées par les cordes se fait presque entendre comme une béance au cœur de l'orchestre.
D'autres moments de la version donnée à Bastille sont absolument somptueux. La plupart des apparitions de l'Ange, par exemple, admirablement interprétée par la soprano Christine Schäfer, dont chacune des apostrophes résonne comme une saillie spirituelle illuminant la musique ambiante. Et surtout le septième tableau, où saint François revit la Passion du Christ. Là, José Van Dam (saint François) au sommet de son talent arrive à moduler en permanence sa voix pour la fondre dans une matière sonore continuement mutante, où une même série chromatique et rythmique se transmet insensiblement des cordes aux vents, en passant par les claviers, les percussions et les Ondes Martenot diffusées dans la salle. Abordant avec une ambition folle la métempsycose par laquelle la substance divine s'infiltre dans l'enveloppe d'un homme-dieu puis dans celle d'un saint, cette scène reste une évocation musicale saisissante, parce que crédible, du miracle de la transmutation des corps.
Saint François d'Assise
D'Olivier Messiaen
Direction : Sylvain Cambreling.
Mise en scène : Stanislas Nordey.
A l'Opéra de Paris-Bastille jusqu'au 05 novembre 2004
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