Du 4 au 11 octobre 2004, Mark Tompkins ouvrait les portes du Théâtre de la Cité Internationale entièrement rénové. Durant trois ans, sa compagnie a suivi l'ensemble des travaux, a vécu la démolition et la reconstruction du théâtre.

Après avoir accueilli le public lors de Visites de Chantier, Mark Tompkins le convie aujourd'hui à la Livraison de ce lieu fini. Cette fois, ce n'est plus des étages du théâtre ou bien à même le béton, mais du fond de fauteuils tout neufs qu'il peut suivre la performance de ces danseurs-ouvriers.

Un à un, ils pénètrent sur le chantier et se mettent au travail, déplaçant les matériaux, leurs outils. Les sons du chantier enveloppent peu à peu les spectateurs ; des sons graves provenant de tubes de plastique, d'une plaque de tôle frappée… Ces sonorités qui pourraient paraître métalliques et froides au premier abord, deviennent agréables, presque rassurantes ; comme si le chantier devenait peu à peu familier.

Face au public, ce sont des corps traversés par le mouvement des machines, par leur bruit. Des corps qui ont vécu les travaux dans leur ensemble, qui désormais ne font plus qu'un avec le théâtre, les murs, le sol, les matériaux. Assemblage de tôles, assemblage de corps. Ils se sont entièrement fondus dans le chantier.

Equilibre des mouvements, des sons et de la vidéo projetée sur les murs et les écrans. Les images s'enchaînent avec finesse et fluidité. Tantôt violentes, vives, énergiques, tantôt empreintes de poésie. Moments de magie. Alexandre évolue au sol sous une pluie de sable, comme touché par un rideau de lumière. Par la porte entrouverte, Mark semble s'effacer, tel un maître derrière son élève, laissant Alexandre, couronné et vêtu d'un assemblage de tuyaux, trôner sur une bobine. Son maintien, son sérieux, sa présence transforment le comique en sublime.

Matériaux empilés, tôle coupante... Encore sur un chantier, le risque est présent, les ouvriers toujours proches du vide. Au bord du gouffre. Ils jouent avec la vitesse, le déséquilibre, frôlent sans cesse la chute. Des ouvriers.

Parce qu'aujourd'hui c'est un lieu neuf qui est livré, parce que ses fondations, ses soubassements ne sont plus visibles, serait-ce si différent ? Non. Ces ouvriers sont les mêmes, ils font le même travail, gardent le même rapport à leurs outils, à leurs tâches. Rien n'a changé. C'est toujours à travers une lucarne que nous les observons, simplement agrandie, cette fois-ci.

Hélène Fectay


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