Concert "Ping Melody" de Pawel Janicki dans le cadre des 3e Rencontres de la revue électronique, octobre 2004
A l'occasion des 3e Rencontres de la revue électronique et notamment du concert Ping Melody du net.artiste Pawel Janicki au Centre Pompidou le 21 octobre à 20h30 (entrée libre), présentation de la WRO Foundation, principale institution productrice de net.art en Pologne.
Wroclaw est l'un des chantiers urbains les plus dynamiques d'Europe centrale. Axes autoroutiers, centres commerciaux et multinationales essaiment aux quatre coins de cette cité du sud-ouest polonais. Une modernisation adoptant aussi le pan culturel avec, pour mires prioritaires, nouvelles technologies et arts digitaux. L'entrepreneur : la fondation WRO.
A la fin des années 1980, alors que le régime des démocraties populaires se démantèle et est en plein marasme économique, l'Europe centrale va devenir le laboratoire d'expérimentation d'un self-made-man aux ambitions quelques peu marginales. George Soros, philanthrope américain aux racines hongroises, se rêve déjà rédempteur de la zone en ruines. Aucun apport fiduciaire brut de sa part mais 100 millions de dollars investis dans l'équipement d'institutions non lucratives en matériel informatique et connexions réseau. Le programme, baptisé Open Studios, donne jour à huit centres d'art contemporain, véritables vecteurs des nouveaux médias : le C3 en Hongrie, le Laboratory for New Media Art de République Tchèque, la Student Art Computer Society de Bulgarie, le Ljubljana Digital Media Lab slovène, l'E-Media Center estonien, Re-Lab en Lettonie, le Media Art Lab de Moscou et bien évidemment le WRO Center for Media Art Foundation en Pologne.
Depuis sa création en 1988, sous l'égide du natal Piotr Krajewski, l'institut engage toutes les initiatives susceptibles de généraliser les nouvelles technologies et Internet dans le pays. Une entreprise réservée dans un premier temps aux initiés - ingénieurs, programmateurs, commissaires, enseignants -, invités à animer symposiums, publications spécialisées ès médias numériques et l'ouverture de modules universitaires propres au même champ. Puis l'attrait du grand public s'installe via l'élaboration en 1997 de la biennale d'arts médiatiques, exposition d'œuvres interactives sous couvert de médiation au high-tech. Cinq éditions - la dernière a eu lieu du 30 avril au 4 mai 2003 - suffisent à transformer l'événement en référence des manifestations net.art, à l'instar d'Ars Electronica à Linz (Autriche) ou des Transmediales de Berlin. Un rayonnement international partagé par la fondation WRO elle-même puisqu'en 1999, l'UNESCO l'adoube auprès du European Cultural Backbone, association européenne œuvrant pour le développement des cultures participatives. Le défi est doublement relevé un an plus tard avec l'intégration du centre à un consortium similaire : le Network Interface for Cultural Exchange (NICE), basé à Riga, en Lettonie. C'est cette date que choisit Soros pour tirer sa révérence - ses fonds étant désormais employés à l'éviction de l'administration Bush. Son règne aura consacré des pionniers du net.art comme Vuk Cosic, Lev Manovich et, du côté de Wroclaw, les « performers » Izabela Gustowska (Life is a Story) ou Jozef Robakowski (The Apple Acoustic), entr'aperçus aux Vidéoformes 2004 de Clermont-Ferrand.
Il faudra pourtant apprendre à désapprendre le panthéon. Telle se veut la politique de la nouvelle promotion du WRO, résolument critique envers ses aïeux. Dixit des outsiders tels qu'Anna Plotnicka et Pawel Janicki, le net.art presse le progrès technologique au grand dam de l'évolution créatrice (Janicki accuse une course à l'exhibition du « meilleur au meilleur hardware, du plus au plus complexe software »). Ainsi la première désacralise-t-elle ces installations, incarnant celles-ci (les internautes sont conviés à commander en temps réel les moindres de ses mouvements et actions), mimant leurs traits impersonnel et froid, dans Performance on demand. Tandis que le second, disc et video-jockey, caricature la scène électronique contemporaine, « tape à l'œil » davantage qu'aux tympans, avec le Gameboyzz Orchestra Project et Ping Melody ; deux projets de musiques génératives, l'un orchestré par une pile de console de jeux portative, l'autre par les modulations de trafic (ping) sur une série sélective de sites web. Ce dernier concept sera d'ailleurs à découvrir sur une autre scène, celle du Centre Pompidou, dans le cadre des 3e Rencontres de la revue électronique le 21 octobre prochain.
[Illustration : Projet Gameboyzz Orchestra. Photo DR]
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