Exposition à la Galerie Port Autonome (Paris) du 17 septembre au 17 novembre 2004
A la Galerie du Port Autonome, David Lynch présente son travail photographique pour la première fois en France. Un travail réalisé en 2003, dans lequel le cinéaste tente de saisir l'essence de Lodz.
Essence, âme et portrait de Lodz
À travers ce couple (femmes, architecture), raisonnablement improbable, poétiquement plausible, David Lynch réussit à capter, de manière fugace mais palpable, l'essence, l'âme, la beauté, la laideur, le mystère de Lodz. Une ville qui porte autant de stigmates que son histoire compte de martyrs, de douleurs, de souffrance. Lodz s'est développée avec l'essor du textile à la fin du XIXe siècle. Une ville meurtrie dans sa « chair », dans sa mémoire, et donc son histoire, par la guerre, le ghetto, les régimes totalitaires qui s'y succédèrent (nazisme, communisme). On imagine alors David Lynch flâner au hasard de déambulations, nocturnes et diurnes, parmi fantômes et spectres, faisant d'incessants allers et retours entre passé et présent. Déambulant à vue entre les différentes strates du temps, « clic-claquant » avec son appareil tel mur aux peintures écaillées, réglant son objectif sur telle façade subrepticement cachée par un voile de brume ; ou encore, percevoir lors d'un casting, dans le regard d'une femme, les mânes de Lodz. Toutes ces démarches relevant à la fois d'un travail d'impression, état totalement réceptif, et d'un travail d'expression, action par laquelle il s'agit de restituer et reconfigurer des moments d'impressions diverses.
Strip-tease émotionnel
Le résultat est là, réuni dans ces trente photos qui sont autant de fragments d'un espace architectural et de corps féminins, femmes-corps habitant elles aussi la ville polonaise. Mises les unes à la suite des autres, dans une alternance fragments architecturaux / corps de femme, les photos déshabillent Lodz de manière incongrue et la restituent de façon inattendue. Dans ce montage haché, disjoint et discontinu, l'ensemble photographique donne malgré tout à percevoir la ville dans sa globalité. Cette idée de ville saisissable par petits bouts évoque à Basia Embirocos, la responsable de la Galerie Port Autonome par ailleurs originaire de la ville de Lodz, un roman de Witold Gombrowicz, Cosmos (1965). « Dans ce livre, explique-t-elle, Gombrowicz dit que la particularité d'un pays ou d'une ville se lit ou se déchiffre mieux dans le petit détail, dans l'infiniment petit. Et pour moi ces détails, ces bouts, ces fragments, parlent plus de ma ville natale que les photographies habituelles des rues, des bâtiments symboliques. Je trouve que David Lynch retrouve l'essence de la globalité de la ville dans ces détails. » Ensuite il ne reste plus qu'à se laisser happer par les vides chromatiques, le plus souvent noirs, sortes de béances ouvrant vers le néant, et que recèlent toutes les photos. On peut alors se perdre au-delà des signes figuratifs (seins, lèvres, bustes, trottoirs, tuyaux, radiateurs...) ou en deçà des lignes de composition (lignes de fuite, densité des gris...). C'est encore, sans doute, ce qu'il convient de faire pour saisir au mieux ce travail photographique.
David Lynch et Łódź
Du 17 septembre au 17 novembre 2004
Galerie Port Autonome
14 rue des Jardins Saint-Paul, 75004 paris
Information : 01 48 87 00 63
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