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Arsène Lupin

Critique

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L'Enigme de la lanterne magique

L'auteur de ce qui suit est un fervent lecteur des romans de Maurice Leblanc. Il est donc de parti pris. L'indulgence dont il fait preuve vis-à-vis de ce film fort imparfait a peut-être à voir avec son goût pour les exploits du Lupin et le rocambolesque. Il ne faudrait pas pour autant négliger le besoin pour chacun de se laisser emporter par une bonne histoire.

"Le plus possible de légèreté, beaucoup de fantaisie, montrer qu'on s'amuse et qu'on sourit soi-même, laisser courir, au milieu des ténèbres épaisses de l'intrigue, ce petit souffle de l'ironie qui rafraîchit et qui délasse" : Maurice Leblanc décrit dans ces lignes publiées en 1909 l'esprit qui était le sien lorsqu'il rédigeait les aventures d'Arsène Lupin. Facile à énoncer, difficile à mettre en œuvre, surtout en une époque, la nôtre, où l'ironie a plus à voir avec le sarcasme et la moquerie que la légèreté du jeu. Pourtant contre toute attente, le réalisateur du calamiteux Belphégor (2001) nous ayant habitué au pire, cette énième mise en images des exploits du gentleman cambrioleur ne manque pas de panache.

Il s'agit d'une adaptation très libre de La Comtesse de Cagliostro, roman où un jeune Lupin encore incertain de ses capacités s'affronte à la mystérieuse Joséphine Balsamo et à une congrégation d'aristocrates dans la recherche d'un fabuleux trésor. Le film accumule les défauts. On pourrait croire qu'il se résume à une de ces grosses machines sans âme que le cinéma hexagonal en mal de rivalité avec son voisin d'outre atlantique nous pond régulièrement. La caméra s'acharne à ne jamais rester en place, le montage semble avoir été fait par un épileptique monté sur ressort, certains effets spéciaux crèvent l'écran au risque de nous lacérer l'œil. A l'inverse, la direction artistique est remarquable. Costumes et décors ont nécessité un soin et une attention maniaques qui ne se retrouvent que partiellement dans le produit final, étouffées, malmenées par un cadre erratique et sans repères. Autant dire que tout cela devrait plonger le spectateur dans le plus profond désarroi.

Ce serait sans compter la force propre du cinéma, cette machine à fantasmagories dont les origines remontent aux théâtres d'ombre et aux lanternes magiques. On a beau fustiger la mise en scène, on se laisse prendre par ces péripéties de feuilleton. L'imagination du spectateur, son appétit d'histoires et de beaux mensonges enveloppés d'obscurité font le reste et pallient les insuffisances. Le récit et le cabotinage des comédiens, Romain Duris en tête, emportent l'adhésion. Truffé de références à d'autres écrits de Leblanc, le scénario est intelligemment troussé dans sa manière d'accommoder à la trame originale ces pièces rapportées. Ainsi, par exemple, si le mystère à percer n'est plus celui du chandelier à sept branches mais l'emplacement du trésor des rois de France, sujet en fait de L'Aiguille creuse, la logique du récit reste la même. Leblanc n'aurait pas renié ces mélanges, lui qui ne se gênait pas pour piller l'Histoire de France au gré de son imagination débordante et se référait implicitement au Joseph Balsamo d'Alexandre Dumas. Le respect à la lettre n'est pas dans la fidélité scrupuleuse mais dans la perpétuation de l'esprit. Même la pincée de psychanalyse, totalement étrangère au roman, ne dénote pas. Le Lupin de Romain Duris peut paraître ainsi trop affecté. Il n'en est pas moins le personnage du mythe, revanchard et tourmenté, cambrioleur en apprentissage, usant de masques pour fuir sa basse extraction sociale.

Le vrai mystère de cette entreprise tient dans ce qu'elle fonctionne malgré ses défauts évidents. A l'heure où des prédicateurs sans discernement nous annoncent la mort du récit et l'éveil d'un public jusqu'alors soi disant naïf, on pourrait presque se sentir coupable du plaisir ressenti. Que nenni, fermons les yeux sur ce qui gêne, au besoin refaisons le film pour nous-mêmes et n'oublions pas que, comme le disait si bien son créateur, Arsène Lupin est avant un professeur d'énergie.

Arsène Lupin
Réal.: Jean-Paul Salomé
Avec: Romain Duris, Kristin Scott Thomas, Pascal Gréggory, Eva Green, Robin Renucci.
France, 2004, 2h10.

[Illustrations : © SND]

Sur le web :
- Le site du film
Manuel Merlet