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Deux films de Karel Zeman. République tchèque, 1966 & 1980.
Enfin deux films de Karel Zeman réédités en salles : l'un majeur, Le Dirigeable volé (sortie cette semaine), l'autre plus anecdotique et à destiner en priorité aux enfants, Le Sortilège des trois lutins (le 14 octobre). Justice sera peut-être enfin rendue à ce maître de l'artifice, fils spirituel de Méliès et grand inspirateur de Terry Gilliam. Et tant pis s'ils sont distribués uniquement en version française.
Le Dirigeable volé (1966) ne fait pas exception. Inspiré du Deux ans de vacances de Jules Verne, cette histoire de cinq gamins échoués sur une île mystérieuse où se cachent Némo et son Nautilus n'est pas à proprement parler destinée aux enfants sages. Le début est époustouflant et rappelle les sketchs animés de Gilliam pour les Monty Python. Sorte de "marabout - bout de ficelle" visuel, le doigt de la loi y pointe littéralement le chaos du monde et sa douce folie. La suite ne dépare pas cette ouverture en fanfare. Satire du pouvoir politique et des médias, on y voit comment une armada de vaisseaux militaires part à la recherche d'un dirigeable contenant un gaz soi-disant révolutionnaire et accessoirement des enfants qui l'ont emprunté. La presse s'empare de l'histoire et invente les récits les plus fous et les plus mensongers afin de satisfaire un lectorat en mal de sensationnalisme. L'armée, lourde et ridicule, se met en chasse pendant que les espions de sa majesté écoutent au porte, se transformant au gré des masques et sortant des endroits les plus improbables.
On navigue dans un univers à la Prévert illustré par les gravures de Robida et des éditions Hetzel. On se promène dans un palais des miracles sur lequel règne la toute-puissance de l'image. Réalité et représentation se mélangent dans un patchwork dont on ne perçoit pas toujours les coutures. Le noir et blanc permet cette continuité à l'intérieur même du cadre. Les décors et les costumes imitent la facture des gravures, l'animation s'ingéniant à prolonger le réel grâce au dessin et à l'image par image. Nous sommes dans un monde en constant dérapage, un espace plein de volume et d'entrain faisant résistance à la platitude ambiante. Dans ce Dirigeable volé, la concupiscence des hommes n'a d'égale que leur stupidité et leur cupidité. Même les gosses font preuve d'une agressivité et d'un désir de compétition que seule rachète leur insoumission. Nous sommes bien loin du classique film pour enfants. Cela ne les empêchera pas pour autant de l'apprécier.
Le sortilège des trois lutins, qui ressort le 14 octobre prochain, leur est plus particulièrement destiné. Datant de 1980, il s'agit de la dernière œuvre de Zeman. Film d'animation pure, à l'instar des Aventures de Sindbad le marin (1971) visible à nouveau depuis l'année dernière, il suit une imagerie volontairement naïve. C'est un conte inspiré d'enluminures du Moyen Age où les rois ventripotents s'en prennent aux bergers et aux fées. Jeannot, jeune pâtre né sous les auspices de trois lutins, le premier vertueux et raisonnable, le second véritable diablotin, le dernier fou et simple d'esprit, est victime d'un ensorcellement. Après moult péripéties au cours desquelles la royauté aura été mise à mal, il retrouvera forme humaine et s'en ira avec sa belle.
Chantant l'humble au mépris du puissant, le film contient cette fantaisie et ce ton libertaire qui font le charme des œuvres de Karel Zeman, mais dans une forme plus adaptée au regard de l'enfant. L'adulte y verra peut-être plus l'aspect sommaire de l'animation tout en y sentant la poésie qui s'en dégage. Cela ne l'empêchera pas de goûter aux autres longs métrages du cinéaste, à ce Dirigeable volé de si haute tenue, aux Chroniques d'un fou, au Baron de Crac et à L'Invention diabolique que l'on espère voir un jour en salle. Il y trouvera toujours cette liberté de facture et de ton, cette inventivité de tous les instants qui permet à l'artifice de triompher de toutes les conventions.
Deux films de Karel Zeman :
- Le Dirigeable volé ;
D'après Deux ans de vacances de Jules Vernes ;
République tchèque, 1h25, 1966.
Sortie en salle le 29 septembre 2004
&
- Le sortilège des trois lutins ;
République tchèque, 1h06, 1980.
Sortie en salle le 14 octobre 2004
[illustrations : © Gebeka Films]