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Oseam

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L'œil de l'esprit

Quelques mois après Printemps, été, automne, hiver... et printemps de Kim Ki-duk, sort un autre film coréen, cette fois d'animation et imprégné lui aussi de bouddhisme. Même s'il vise avant tout un public d'enfants, espérons qu'il rencontrera un égal succès.

Il y a peu, l'industrie d'animation implantée en Corée du sud évoquait surtout la sous-traitance à laquelle recourent les sociétés de production américaines, japonaises et françaises. Celles-ci lui confient la mise en œuvre de leurs films par manque de finances et de studios locaux. Pourtant, depuis les années 90, le cinéma d'animation coréen, qui existe depuis près de cinquante ans, s'est développé de manière autonome. Méconnu chez nous, il commence seulement à être distribué sur nos écrans. Comme le soulignait notre collaborateur Jérôme Dittmar à propos de Wonderful days, pèse sur ces films une forte influence du cinéma nippon. Ce modèle les empêche d'acquérir une identité propre et les sclérose. Néanmoins, quelques titres à caractère plus personnel sortent du tout venant. Il en est ainsi de Oseam, et ce malgré l'ombre du grand Miyazaki.

Le mot Oseam signifie "un bouddha de 5 ans est né ici". Une légende raconte qu'un temple de même nom abrita un moine et un orphelin de mère décédée. Le moine promit à l'enfant que, s'il le souhaitait de tout son cœur, il pourrait la revoir un jour. Bien sûr, au dire de l'histoire, son vœu se réalisa. En 1983, l'écrivain Jeong Chae-bong s'inspira de cette légende pour écrire une nouvelle qui rencontra immédiatement un grand succès. Déjà adapté en long métrage classique, son conte est devenu un beau film d'animation aux couleurs automnales. Dominés par le vert et le rouge, ses décors prennent parfois l'aspect de peintures traditionnelles. La retranscription de la nature y est imprégnée de pensée bouddhiste. L'eau et la flore dominent au sein de paysages parcourus par une brise palpable, presque visible. Cette harmonie d'où la douleur tant physique que morale n'est jamais très éloignée se fonde sur des contrastes. La plage et la mer cèdent la place aux montagnes et à la neige, le bavardage du petit Gil-sun souligne le silence du moine et la cécité de la grande sœur rend d'autant plus prégnante la richesse visuelle qui l'entoure.

Paradoxalement, cet Oseam aux belles images est tout entier tourné vers la vue de l'esprit. Rêve et imagination y sont des fenêtres ouvertes sur l'âme, sur un monde mental auquel il faut accorder le même poids de réalité, la même primauté que le réel. L'acquisition de ce troisième œil passe d'ailleurs par une attention accrue portée à la nature et à ses pulsations. Le jeu, l'étude, la prière s'accordent à elle, à son expression. Solitude et silence sont les clés de cet apprentissage. Oseam parvient à concrétiser ce rapport, à nous sensibiliser au mouvement intérieur qui s'immisce en Gil-sun. Vivre, sentir, rêver... Un même savoir en découle, qui illumine et unifie tout.

Courant à travers les saisons, ce film est avant tout un hymne à la nature et à la vie. Sa fin a beau être marquée par un événement funèbre, son lyrisme et son bonheur nous étreignent au delà de la salle obscure. Car, si la mort est très présente, elle est transcendée en une union miraculeuse. Et c'est tout naturellement que le cinéma, art de l'illusion, nous fait accepter un tel miracle, ou tout du moins nous en communique l'émotion.

Oseam - Le Temple des 5 ans
Réal. : Sung Baek-yeop
D'après une nouvelle de Jeong Chae-bong
Corée du sud, 2003, 85 mn
Sortie nationale le 22 septembre 2004

[illustrations : © Les Films du Préau]

Manuel Merlet