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Un récit criminel qui débute dans un train ne peut être fondamentalement mauvais. Il y a en effet comme une union naturelle entre ces deux modernes inventions. Etroits, clos, les wagons angoissent. Pris par le mouvement, ils ne laissent aucun échappatoire. L'individu y est comme acculé dans une impasse. Le temps n'est plus au choix mais à l'action. Thomas Vincent l'a bien compris, lui qui fait débuter son étrange "polar" dans un TGV en partance vers le sud.
Thomas Vincent est visiblement un réalisateur audacieux. Tournant le dos au réalisme, il entraîne son film et ses personnages vers de singulières contrées, au risque de l'invraisemblance. Sous la pression de sa femme Suzy, Ben Castelano signe le pacte de mort. Mais, le forfait commis, nulle culpabilité ne semble l'affecter. Pourtant celle-ci n'en est pas moins présente et, sournoise, va se diffuser comme par contamination. Cet aspect, proche du fantastique, permet au film de se dégager d'une psychologie trop attendue. Tel un virus, le sentiment de culpabilité s'insinue en Kantor et Suzy, les deux complices de Castelano. Froids initiateurs de l'acte, ils en deviennent finalement les victimes secondaires. A la faveur du crime, comme happés par un mal qui circulerait d'être en être, l'un et l'autre sombrent dans une lente démence et goûtent à la noirceur du sang versé. Cette déliquescence, Thomas Vincent la fait sentir jusque dans les décors. Ils sont comme l'extension du masochisme qui s'éveille en Suzy et du vide dépressif qui envahit Kantor, pantin humilié, impuissant, en perdition. Tout se conclura logiquement sous un soleil de plomb, dans un enfer de cailloux et d'arbres foudroyés. Cependant, Ben Castelano, être jusqu'alors falot, anonyme, commun, se vide de ses scrupules. Il finira comme révélé à lui-même, assis sur un succès obtenu au prix de la morale, en haut d'une tour aux murs d'un blanc immaculé. Mais cette blancheur glacée est de celles qui brûlent les ailes.
On le voit, le trait est expressif, presque expressionniste. L'outrance n'effraie pas le jeune cinéaste. On se souvient du brasier qui, déjà, concluait Karnaval. Il va jusqu'à l'ultime frontière où le pousse sa logique, quitte à perdre quelques spectateurs en route ; et c'est tant mieux. Il n'en reste pas moins qu'il ne convint pas de bout en bout. On devine qu'il aimerait aller plus loin encore, ou plutôt que ses images restent en deçà de ce qu'il voudrait exprimer. Elles sont comme figées par leurs lignes, trop claires malgré la noirceur qui les animent. Le trouble qu'elles parviennent à faire surgir n'a pas la puissance attendue. En l'état, son cinéma, balbutiant, se cherchant quoiqu'affirmé, est intéressant. Thomas Vincent et quelques autres (Cédric Kahn, Hélène Angel, Bruno Podalydès...) nous laissent entrevoir une alternative heureuse pour le cinéma français, une voie éloignée d'un naturalisme sans envergure, sclérosé par l'analyse et l'abus de dialogues précieux. Ils nous ouvrent enfin la porte du merveilleux, du grotesque et de l'improbable.
Je suis un assassin
Réal. : Thomas Vincent
D'après Le Contrat de Donald Westlake
France, 2004, 1h47.
Avec : François Cluzet, Karin Viard, Bernard Giraudeau, Anne Brochet, Jacques Spiesser, Antoine Chappey.
Sortie en salle le 11 Août 2004
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