Valladolid, Espagne, du 19 au 23 mai 2004
Bon an mal an, le festival de Valladolid a réussi à s'imposer sur la scène européenne des festivals de théâtre de rue. Pour sa cinquième édition, une large représentation internationale était présente, des artistes aux journalistes, et aux nombreux professionnels qui composaient le jury. Un souci d'ouverture, bien nécessaire aujourd'hui en Espagne où la relève semble se faire attendre.
Les arts forains
Un des fils rouges qui trament la programmation 2004 à Valladolid est le forain, dans ce qu'il a toujours proposé d'extraordinaire et dans la position particulière qu'il a su donner à ses spectateurs. Digne des baraques de foire, souvent jalousées par la noblesse, cette Ventanida présentée dans une boutique d'antiquaire amateur d'Asie ! Dans le petit castelet -pendrillons de velours passé et breloques éclairées simulant des lustres - les mini-marionnettes à tiges content quelques fables de La Fontaine. La rue ? Elle y retrouvera ses origines, comme dans le spectacle de Burattini, intitulé Le théâtre du mélodrame, s'autorisant le saut de quelques décennies tout en gardant le même esprit : un camion-castelet, des « marionnettes » humaines, une intrigue simple, des images choc, accessibles au plus grand nombre : populaire mais exigeant !
Toujours des objets animés chez Hermanos Oligor, dans une scénographie mi-tonneau mi-chapiteau, où le public prend place mais ne peut s'échapper, les marionnettes et l'acteur presque sur les genoux. Quelques jolies trouvailles, beaucoup de bavardage alors que l'inventivité des objets trafiqués pouvait largement suffire à la compréhension d'une intrigue si légère, mais un esprit, semblable à celui des deux spectacles pré-cités : celui de la rue, fût-il présenté en salle, celui qui mêle recherche et accessibilité, raffinement et ouverture à tous les publics.
Même couleur chez Entre chien et loup, mais une tradition plus ouvertement revisitée, tirée vers le contemporain. On entre dans une caisse, muni d'écouteurs, et voilà que des lampes de chevet se mettent à parler, à chanter, à jouer de la musique, à émettre des bruits de guerre aussi, et d'incendie. Bref, toute une vie dans ces lampes, celle de Paulette Wolkenwürze, la présumée aïeule de la créatrice du spectacle.
Curiosités
Dans le domaine du forain réinventé, la palme revient sans aucun doute aux Sévillans des Producciones imperdibles. Comme un géant cabinet de curiosités en plein air, leurs trois dispositifs scéniques allient à la fois tradition et contemporanéité. Un chapiteau- « bonbonnière » où le public, pour voir l'intérieur, doit glisser la tête dans des manchons de tissu ; une plate-forme cristalline sous laquelle les spectateurs se glissent, allongés sur des transats ; un tonneau-« kaléïdoscope », dont l'intérieur ruisselle de miroirs qui multiplient les images à l'infini : une approche rare de ce que l'urbain peut accueillir du côté du « caché/montré », qui fleure le voyeurisme tout en donnant à voir aux plus frileux, en retrait des dispositifs mais curieux quand même. La danse qui y est présentée a suffisamment de force pour soutenir des visions répétées, car elle dépasse la simple démonstration technique pour s'accorder au plus juste avec les musiques choisies fort à propos en une dramaturgie sincère sur le thème universel de l'amour et de ses variations. Le kaléïdoscope et le « cristal » de Mirando al cielo seront présents dans de nombreux festivals cet été ; à ne rater sous aucun prétexte !
Un fil, rien qu'un fil, cette réinvention de la « tradition du regard sur ». Valladolid en offre bien d'autres, avec des ténors français comme Royal de Luxe, Kumulus ou Allegro barbaro, et une floppée de petites formes aux savoir faire multiples. Mais la palme de l'émotion et de l'efficacité, autrement dit le « coup de cœur », revient au théâtre portugais O Bando qui, sur un poème de Lorca, a su faire défiler le temps, l'amour, sa flamme et sa désespérance, simplement en laissant déambuler une chorale de vieillards aux chants traditionnels, face à une jeune femme qui déclame « Verde, te quiero verde ». La tradition, le regard. L'essentiel de Valladolid.
[Illustrations : Le théâtre du mélodrame et Caléidoscopio, DR Teatro Calle]
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