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Deux fois plus de gags à la chaîne, deux fois plus de bons sentiments, deux fois plus de moyens, bref deux fois plus plus. Shrek 2 réchauffe la recette confite du premier opus, avec du rab, jusqu'à l'écoeurement. Et pourtant c'est comestible.
On prend les mêmes et on recommence. L'ogre misanthrope, l'âne bâté, la princesse no glamour et autres héros anticonformistes nés sous la plume du romancier jeunesse William Steig font de nouveau les beaux jours, pardon, les beaux cours de l'action Dreamworks. Après 350 milliards de dollars de recettes engrangées rien qu'en terre américaine et le déboulonnage de Nemo sur le trône du marché animé, la vache à lait Shrek subit ou fait subir une traite publicitaire pesante, parfois même mal avisée (un box officiel à Cannes ?). Les grands propriétaires hollywoodiens Spielberg, Katzenberg et Geffen préparent déjà la prochaine mulsion puisque les épisodes 3 et 4 de la saga sont en cours de développement. On pourrait ainsi continuer incessamment de jouer les prudes critiques mobilisées contre une quelconque banalisation marketée de l'art mais au fond, on s'en fout !Car dans Shrek 2 comme au poker, les gains importent peu et seul le bluff saute aux yeux. Tout le film est une galerie de faux semblants. Celle-ci s'ouvre sur Far Far Away, un royaume faussement moyen-âgeux, familièrement contemporain dans lequel les classiques forgerons et taverniers ont cédé leur bail à des enseignes cocassement détournées telles Versarchery, Armani Armour ou Burger Prince. Ledit lieu lui-même est un modèle réduit d'Hollywood, Mecque du cinéma (autodérision ?) mais également du paraître. Et alors que Shrek 1 abandonnait nos amis sur une morale d'acceptation de l'autre, Shrek 2 les propulse dans cet antre de perfection et d'artifices, les contraignant à remettre en question leur propre nature.
Au-delà d'un ostracisme de l'esthétique (Shrek et Fiona, allégorie des deux Américains obèses sur trois), les personnages, parias communautaires, doivent se travestir pour intégrer le moule social et conforter leurs aspirations. Cette quête de reconnaissance pousse le géant vert à corrompre son identité et devenir humain alors que l'âne, reflet du prolétaire noir, la perd en simulant un noble destrier blanc. Une autre voie, celle du petit dernier de la bande, le Chat Potté « latino », consiste à menacer, sortir les griffes pour ne pas subir soi-même l'agression. Tout le monde porte un masque donc et ce dernier se veut d'autant plus expressif qu'il renvoie à une icône de conte de fées. Quoi de plus finaud que d'avoir caché une matrone mafieuse derrière la Bonne Marraine de Cendrillon, Narcisse dans la peau du Prince Charmant ou un fétichiste des strings sous les traits de l'enfantin Pinocchio ?
Le spectateur, lui, entre de suite dans ce jeu tartuffe. Et pour cause : le show animé - dans tous les sens du terme - le mitraille de références à sa culture G, histoire qu'il ne s'endorme pas pendant la partie. On ne compte plus ainsi les clins d'œil cinématographiques, du Seigneur des Anneaux à Mission Impossible, en passant par Le Parrain, voire un pastiche de la cérémonie des Oscars. Une acclimatation renforcée par des doubleurs « populaires » et dont la personnalité colle parfaitement à celle de leur avatar (mention spéciale pour Antonio Banderas). Le tout servi enfin par une bande son à l'image « freak » du film puisqu'elle est signée par les adventices passées ou présentes des stations radio, entre autres Chic, Lipps Inc., Tom Waits et Nick Cave. Alors évidemment, lorsque ce flot de clinquant s'achève, que les cartes sont mises sur table et que tout le monde - ou presque - sort vainqueur parce qu'il a défié ce qu'il aurait pu être et qu'il accepte ce qu'il est, on peut se renfrogner sur cette happy end instantanée, convenue et chantonnante. Si telle éventualité se présentait et que vos maxillaires restent apathiques, méfiez-vous : vous êtes cynique et certainement d'un ennui profond...
Shrek 2
Un film d'Andrew Adamson, Kelly Asbury & Conrad Vernon
Avec les voix de : Mike Myers (Shrek), Eddie Murphy (l'âne), Cameron Diaz (Fiona), Antonio Banderas (le Chat Potté), Jennifer Saunders (la Bonne Fée), Rupert Everett (le Prince Charmant), John Cleese (le roi), Julie Saunders (la reine Lillian).
Sortie nationale le 23 juin 2004
Sur le web :
- Le site officiel du film
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