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James Bond, à l'occasion de son quarantième anniversaire, aurait-t-il mis trop de glace dans son martini ? L'opus 20 du sérial le plus increvable de l'histoire du cinéma ressemble plus à un cocktail trop frappé, rendu imbuvable par sa débauche de gadgets et son récit en peau de chagrin, qu'à un digestif un peu corsé mais appréciable, l'hiver, au fond d'un fauteuil-club.
Comme dans ce vieux feuilleton de Sax Rohmer où Nayland Smith poursuit sans relâche un Fu Manchu bien décidé à étendre son empire à toute la planète, James Bond, pour sa vingtième aventure, déjoue les plans d'un milliardaire originaire de la Corée du Nord cherchant à envahir son frère du sud afin de générer une crise politique majeure. Cette référence au contemporain, les tensions entre les deux Corées, n'est audacieuse qu'en apparence. Elle est l'alibi qui permet de mieux rejeter hors du champ de la fiction les vrais enjeux de la réalité. Cette évacuation est d'ailleurs soulignée au début du récit par l'enfermement du héros dans les geôles coréennes durant quatorze mois. Isolé du reste du monde, il ne se sent pas concerné par les changements survenus durant son " absence ". Dès lors, son évasion symbolise un retour au monde d'avant, à l'instar de la renaissance, après cryogénisation, d'Austin Powers, son double comique.
La débauche de technologie qui s'en suit sert également à donner le change. Elle tente de dissimuler le spectre du passéisme sous l'écran de fumée de la modernité. L'abondance de gadgets plus invraisemblables les uns que les autres - voiture " caméléon ", rayon de la mort venu du ciel, armure de combat électronique... - conduit l'ouvrage loin de la réalité, surfant sur la vague non plus de l'improbable, mais de l'impossible. Jusqu'à y perdre l'équilibre. Pourtant tout avait bien commencé. James Bond, devenu renégat, se lance dans une enquête à titre personnel. Il veut savoir qui est à l'origine de la trahison ayant conduit à son emprisonnement. Chemin faisant, il découvre un complot destiné à renverser l'ordre mondial. Les péripéties le conduisent jusque dans la blancheur glacée de l'Islande. Et là, le film se fige. Tout n'y est plus que bruit et agitation, les enjeux nébuleux, l'imaginaire de pacotille, à la limite de la parodie. En somme sans queue ni tête.
Ce numéro 20 - si l'on exclut les non-officiels Jamais plus Jamais et Casino Royale - marque un anniversaire, les quarante ans de la série. Il cherche à condenser tous les éléments, même les plus contradictoires, qui l'ont nourrie depuis les débuts. Il est donc essentiellement référentiel, mais aussi cherche à faire rupture. Les cascades ne sont plus qu'images de synthèse et la technique relève de la seule science-fiction. En fait, Meurs un autre jour est un cocktail au shaker trop frappé, appréciable pour les estomacs bien accrochés mais imbuvable pour les puristes dont nous sommes. Ces derniers peuvent néanmoins garder espoir car... James Bond will return and tomorrow is another day.