Enfin. Après moult aventures le film de Wong Kar-Wai est arrivé sur la Croisette. Aux dires même du réalisateur : « 2046 est un projet entamé il y a quelque temps. Le chemin pour achever le film fut long et riche en péripéties. », une déclaration en forme d'excuses.

le Final Cut de Wong Kar-Wai
L'accouchement fut donc douloureux. La première question qui vient à l'esprit après avoir vu ce film est de savoir si le réalisateur en est satisfait. Encore chaud, tout juste enlevé des bancs de montage, 2046 a dû être terminé à temps pour être présenté en compétition officielle du festival, quelques scènes doivent d'ailleurs être remixées... Grave question : comment un réalisateur sait-il que le montage - source d'infinies possibilités - a suffisamment été travaillé ? Peut-être 2046 était-il destiné à rester éternellement en chantier sur les bancs de montage et dans ses boîtes. Autre hypothèse : peut-être Wong Kar-wai le torturé n'aurait jamais fini son travail si Thierry Frémaux, le directeur artistique du festival, ne l'avait programmé.

Le processus de création est au cœur du film. D'une part parce que l'histoire est celle d'un écrivain qui remonte dans ses souvenirs grâce à une poupée cyborg, pour les retrouver et mieux les abandonner. Vaste projet, thème Kar-waien puisque se pose, une fois encore, la question de l'amour et de ce qu'il en reste, étant donné qu'il s'agit bien d'un souvenir de femme. On retrouve nombre d'ambiances, de musiques qui apparaissaient déjà dans In the Mood for Love. Se pose donc un problème de montage : une voix-off vient sans cesse prendre le relais, pour exposer et expliquer une histoire qui restera confuse. La poésie des images est bien là mais elle ne suffit pas à faire oublier la complexité inutile du scénario. Peux-t-on être aussi légitimement déçu ? Réponse au prochain mixage, à l'occasion de la sortie en salle.

Place aux Robots
Entre Shrek et Spirit, l'animation n'a jamais eu la place qu'elle méritait au Festival de Cannes. Il semble que cette année mette fin à l'injustice puisqu'on présente aujourd'hui le deuxième volet de Ghost in the Shell du Japonnais Mamoru Oshii, Innocence. Quatre années de travail ont été nécessaires pour allier le meilleur de l'animation 2D et de l'animation par ordinateur. Nous sommes toujours dans un futur où certains hommes n'ont d'humain que leur âme, le reste de leur corps étant de métal ; d'autres humains, inconscients de l'ambiguïté de l'état de cyborg, ont inventé des poupées robots. Ces dernières nées de l'esprit d'un hacker finissent par se retourner contre leur propriétaires pour les tuer. Batou, cyborg de l'unité spéciale de police, est chargé de trouver le malfaiteur et de le détruire. Pour se faire il doit franchir nombre d'obstacles. Heureusement, une présence veille et le protège. On retrouve ici le savoir faire du premier opus. Des images renversantes de beauté qui nous plongent dans un labyrinthe hypnotiques au cœur de sentiments virtuels mais partagés …

Anne-Laure Bell





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