En direct du 57e Festival de Cannes
Depuis quelques années, Tony Gatliff fait des films à la gitane. La musique, le cadre, la lumière : tout compose alors une envolée débridée mais toujours bien menée.
Last exils to Argentina
Répondant à Exils, Carnets de Voyages est l'autre film présenté en compétition officielle aujourd'hui. Le producteur exécutif Robert Redford savait que Walter Salles traiterait ce sujet « avec lyrisme et humanité plutôt que de se focaliser sur les choix politiques ultérieurs de Guevara ».
Mais celui-ci aussitôt d'ajouter : Ma première impression fut que la plupart des problèmes structurels et sociaux qui avaient tant frappé Ernesto et Alberto en 1952 n'ont toujours pas été résolus. J'ai retrouvé au fil de mon périple l'essentiel de ce que j'avais ressenti en lisant leur témoignage. »
Réalisé par Walter Salles donc, c'est une adaptation du Diaros de Motocicleta de Ernesto Guevara de la Serna. « Ce livre a eu un impact sur moi parce qu'il n'est pas seulement un voyage initiatique mais aussi la recherche de ce que j'appellerai une identité latino-américaine.» Il raconte l'histoire de deux jeunes étudiants en médecine qui ont décidé de parcourir l'Amérique Latine à moto pour découvrir et connaître la réalité du continent. Ils s'embarquent sur une improbable moto fumante, sac au dos. Entre la mélancolie de ce qu'ils laissent derrière eux et l'envie de découvrir l'ailleurs, la route les plonge au cœur d'eux-mêmes.
Entre documentaire et fiction, le film expose des problèmes socio-politiques d'une vivace actualité. On sent bien, par les costumes et les décors qu'on est dans les années 70, mais l'histoire se passe de nos jours. Incarné par le sublime et bouleversant Gael Garcia Bernal - l'acteur principal de La Mauvaise Education - cet Ernesto Guevara, ressemble déjà au Che, la volonté de convaincre en moins. Son interprétation donne à ce personnage une épaisseur humaine des plus pragmatiques : le leader communiste est en germe sans être encore né.
L'illusion vraie des Poignards Volants
Grande jubilation aussi face au dernier film du chinois Zhang Yimou. The House of Flying Daggers est un film d'actions et d'art martiaux, son deuxième après Hero. Ce conte prend de cours tous ses spectateurs. Plus riche qu'il n'y paraît de prime abord, c'est également une réflexion sur l'image sur fond d'une très brillante et jubilatoire chorégraphie martiale. Nous sommes en Chine en 859. La dynastie en place vacille, sur le point d'être détrônée par de nombreux groupes rebelles. L'un d'eux se nomme les Poignards Volants. Un capitaine militaire est chargé d'en arrêter son chef le plus rapidement possible. Pour se faire, il suggère à son second de tenter de séduire la fille de celui-ci, une aveugle devenue courtisane à la Maison des Plaisirs. Les premiers plans sont de l'esbroufe technique. De superbes trucages en combats virevoltants, on est dépassé par l'invraisemblance. Mais de retournements de situations en retournements de situations, cette histoire banale et qu'on croyait prévisible devient une plongée au cœur du factice. Tout s'éclaire car tout est faux et faux pour de vrai. On en dira pas plus pour ne pas dévoiler le mystère et éventer les plaisirs mais, pour reprendre le clinquant slogan d'un produit l'Oréal - sponsor pesant du Festival - on assiste ici véritablement à une illusion vraie. Et dire qu'on croyait d'une telle chose n'était que de la publicité, à Cannes, c'est incontestablement devenu du cinéma !
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