Eric Lacascade poursuit sa trajectoire tchekhovienne avec une adaptation de Ce fou de Platonov intitulée tout simplement Platonov. Le trop fameux mal-être que les personnages de la pièce sont censés ressentir n'est pas évoqué par une mise en scène languissante mais inscrit en creux dans la violence des rapports (sadiques, masochistes, autodestructeurs etc.) qui en découlent.

Dans Platonov comme dans Ivanov et dans La Mouette, Eric Lacascade dirige ses acteurs et lui-même d'une manière qui n'est pas sans rappeler celle de Chéreau. Comme lui, il semble fasciné par le corps-à-corps, l'affrontement physique chargé de violence autant que d'érotisme. Comme lui, il a fondé une école d'acteurs et reconnait avoir toujours formé des acteurs. Cela est manifeste dans Platonov, tout comme dans Ivanov, La Mouette ou Les Trois sœurs : aucun de ces spectacles ne sauraient être ce qu'ils sont s'ils n'étaient portés par des comédiens dont la plupart ont acquis une présence et une intelligence de la scène que l'on voit très rarement dans les théâtres français.

Au début du spectacle, les acteurs se tiennent d'abord au fond de la scène, là où sont disposées les tables, et ils n'investissent le reste du plateau qu'au fur et à mesure que croît la complexité des relations entre Ivanov et les personnages feminins de la pièce. Dans les scènes collectives (dont une remarquable scène muette), chaque comédien paraît savoir ce qu'il fait là. Quant aux duos (de haine ou d'amour, allez savoir) qui impliquent l'un des trois personnages-clés de la pièce (Anna Petrovna interprétée, ce soir-là, par Muriel Colvez, Platonov lui-même joué par Christophe Grégoire et l'étrange Ossip, joué par Eric Lacascade), j'ai peine à trouver des mots pour les décrire. Murielle Colvez a une voix et une présence qui se prête admirablement à ce personnage dont la complexité en fait le pendant féminin de Platonov. Christophe Grégoire réussit l'impossible en rendant à la fois l'égoïsme, la séduction et le désespoir de son personnage. Quant à Eric Lacascade, le moins que l'on puisse dire est que le son de sa voix qui surgit de l'ombre, venant interrompre la fête du premier acte, est saisissante, et qu'il donne à son personnage de marginal une aura auquel personne ne saurait rester indifférent.

Platonov Mise en scène : Eric Lacascade Dramaturgie : Vladimir Petkov Collaboration artistique : Eimuntas Nekrosius Collaboration à la dramaturgie : Pascal Collin Scénographie : Philippe Marioge Costumes : Laurence Bruley Avec Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Murielle Colvez, Alain d'Haeyer, Christophe Grégoire, Stéphane Jais, Eric Lacascade, Christelle Legroux...

Du 26 au 29 novembre à la Comédie de Clermont-Ferrand, du 6 au 15 décembre au Théâtre national de Toulouse, du 9 au 11 janvier à la Scène nationale d'Orléans etc. Toutes les dates de la tournée 2003 sont disponibles sur le site du CDN Normandie : accès direct.

Julie de Faramond

- Voir le portfolio de la création de la pièce (CND-Normandie).

Archives :
- Lire l'entretien avec Eric Lacascade à propos d'Ivanov (juin 1999)
- Lire la chronique d'Ivanov (1999)
- Lire la chronique de La Mouette (2001)
- Lire la chronique de Platonov (2002)
- Lire la chronique de Hedda Gabler (2005)



• Les news de Saisons, le blog scènes
Voyage borgésien à Beyrouth
  Un homme assis à une table, derrière lui un écran. Le...
L’humour doux dingue d’Armando Llamas à Villejuif
On aime beaucoup Armando Llamas, auteur rare, disparu trop...
Dominique Blanc donne corps à "La douleur"
Ils ont d'abord lu le texte, ensemble. Au pupitre, Dominique...
Arts urbains tous azimuts en Essonne
Au commencement, les Rencontres internationales de danses...
Sacrée Yvette !
Il est des spectacles qui ont le goût rose thé, légèrement sucré...

• Sur le forum Théâtre Danse

de la danse buto au clownVendredi 19 décembre 2008/ Soirée JUNGLE F...photographe recherche missionfinalement, l'art c'est pas très intéressa...



scenes.fluctuat.net
Sortir
Pitié d'Alain Platel Dans Pitié!, dernière création d'Alain Platel, le corps des danseurs transpire la douleur de l'âme. Aux limites de la folie, sa chorégraphie extatique renoue avec...