D'après George Orwell. Dans le cadre du Festival Le Standard idéal, MC 93
À notre époque, que l'on considère à tort comme celle de la fin des idéologies (comme si une société pouvait exister sans que son fonctionnement soit justifié par une construction idéologique…), il est hélas une opinion fort répandue qui veut qu'il n'y ait rien de tel que la candeur de l'innocence pour affronter un sujet comme, par exemple... les luttes internes au front républicain durant la guerre civile espagnole.
En réalité, il apparaît surtout que ce qui a séduit Galindo et comparses ce n'est pas tant la distance entre Orwell et notre temps (espoir en un monde meilleur et abnégation de soi contre posture désabusée et repli individualiste) que leur proximité. Proximité parce qu'Orwell - comme du reste beaucoup de nos contemporains - comprend ce qu'il vit au travers le prisme déformant d'une conscience embrumée d'idéalisme. Ainsi, par la voix d'un des comédiens, Orwell se désespère-t-il des luttes, fratricides selon lui, entre communistes (staliniens) et poumistes. Et de regretter l'absence d'unité autour de la défense de l'idée républicaine (tiens, "l'idée" !) et de s'en prendre à un clivage théorique qui serait le motif (bien futile) de ces affrontement. La cause est entendue, ce sont les théories qui tuent… Pourtant, les luttes auxquelles Orwel fait ici allusion s'inscrivaient, parfois à l'insu de ceux qui en étaient pourtant partie prenante (voir Orwell) dans des rapports de force qui n'avaient rien de théorique : les staliniens tuaient ou faisaient tuer les combattants des organisations concurrentes pour conserver leur vie - et leur place - dans un système au fonctionnement bureaucratique dont ils savaient pertinemment qu'il s'écroulerait si une révolution en Espagne enlevait à l'URSS son hégémonie sur le mouvement ouvrier international.
Or, de tout cela il n'en est pas question dans le spectacle de Josep Galindo, où il n'est question, à vrai dire, que de bravoure, d'héroïsme, de fraternité et des dures conditions de vie des tranchées selon une rengaine bien rôdée - en usage dans toutes les amicales d'anciens combattants. Le mythe d'un front qui, s'il avait été uni, aurait vaincu l'ennemi fasciste, le spectacle ne fait pas que le ressasser à travers les tirades enflammés des comédiens, il l'exsude par tous ses pores : les costumes et accessoires semblent avoir été dérobés sur le tournage d'une improbable adaptation télévisuelle de Pour qui sonne le glas ?. Que dire de ces films d'actualité projetés en fond de scène qui illustrent les dires des comédiens ? Peut-être que le procédé rappelle douloureusement les après-midi dominicaux de notre enfance, quand on assistait impuissant et rouge de honte à la sempiternelle projection des diapositives prises sur la plage de la Baule - des diapositives invariablement commentées par nos parents pour des invités qui n'en demandaient pas tant.
Hommage à la Catalogne
(Homage to Catalognia)
D'après George Orwell
Mise en scène Josep Galindo
Direction artistique Calixto Bieito, Alan Lyddiard
Du 14 au 16 avril 2004 à la MC93 dans le cadre du festival le Standard idéal.
Réservations :
01 42 60 72 72
[Illustration : © Keith Pattison]
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