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Du 19 au 28 mars 2004
Les seizièmes rencontres qui se sont déroulées à Toulouse du 19 au 28 mars ont permis comme chaque année de découvrir des films, fictions ou documentaires, courts et longs-métrages qui témoignent de la vitalité du cinéma d'Amérique latine.
Mais, les films, dans tout ça ? Il faut d'emblée préciser que, vu le nombre de films programmés : plus de cent longs-métrages et plusieurs dizaines de courts, il était impossible de tout voir et le choix devait se faire au petit bonheur, selon l'heure et le lieu de programmation plus que selon d'autres critères. Ce qui a transparu néanmoins de cette programmation était la grande disparité des films sélectionnés : disparité thématique et formelle, chaque film étant susceptible de combler des attentes très différentes. On a pu y voir des films à l'académisme exacerbé en côtoyer d'autres qui avaient fait des choix formels radicalement opposés.
Ainsi, Cautiva (Argentine) de Gaston Biraben se penche sur le moment où une adolescente découvre qu'elle a été enlevée à sa naissance à ses parents, un couple d'opposants à la dictature militaire, disparus par la suite. Les découvertes, concomitantes, de sa propre identité et de la part sinistre de l'histoire contemporaine de l'Argentine est, pour la jeune fille le début d'une vie nouvelle, les yeux enfin ouverts sur une réalité qui lui avait été cachée. Cette histoire très forte est hélas desservie par une mise en scène très académique et, pire, par quelques choix esthétiques qui cherchent à toute force à pousser le spectateur à l'effroi ou à l'extase : les retrouvailles des deux jeunes filles, toutes deux enfants de disparus, auréolées par une lumière pastel, nues toutes deux dans la salle de douches du gymnase ou le flash-back qui donne à voir l'accouchement de la prisonnière. Néanmoins Cautiva est loin d'être le film le plus racoleur de la programmation : témoin, Asesino en serio (Mexique), dont le titre signifie « Assassin pour de vrai » et qui raconte l'enquête d'un commissaire de police confrontée à la mort mystérieuse de prostituées due à un infarctus provoqué par une jouissance trop aiguë. Humour machiste, comme fil d'Ariane de ce film qui se distingue surtout par la lourdeur du propos et par une mise en scène qui semble s'inspirer de l'esthétique télévisuelle.
D'un genre totalement opposé, La Mecha, (Argentine) de Raul Perrone raconte les tribulations d'un vieil homme qui part un matin à la recherche d'une mèche pour remplacer celle de son poêle à pétrole. Commence alors une véritable odyssée qui le conduit d'abord chez un voisin qui peut l'emmener en ville en voiture, puis chez son gendre pour finir dans une quincaillerie tenue par des Japonais particulièrement serviables : la jeune femme finira par soigner l'épaule de l'aïeul en lui administrant un massage traditionnel. On les verra enfin la jeune femme et le vieil homme paisiblement attablés face à une télévision diffusant des programmes en japonais… Situation absurde, certes, mais pas plus que les précédentes qui montraient la perplexité du protagoniste à qui l'on expliquait que, la mèche qu'il cherchait n'étant plus fabriquée, il lui fallait s'équiper en convecteur électrique, ce qui n'était manifestement pas dans ses moyens; ou celle dans laquelle sa petite fille préparait un plat de pâte sans sauce, puisque cela était la seule chose que la famille pouvait s'offrir à manger. Odyssée dérisoire vue d'ici (une journée passée à chercher une mèche introuvable) mais qui donne une vision saisissante du quotidien de ceux que la crise n'a visiblement pas épargnés.
Du côté du documentaire, enfin, beaucoup de films évoquent la résistance aux dictatures et la répression qui l'a si durement frappée : Treplew raconte la tentative d'évasion menée par une centaine de prisonniers politique, en 1972, sous la dictature du Général Lanusse. Le plan savamment orchestré était risqué : grâce à une arme introduite grâce à la complicité d'un surveillant, il s'agissait de neutraliser les gardiens en les enfermant dans les cellules après s'être vêtu de leurs uniformes, sortir de la prison, monter dans des camions qui devaient emmener les fugitifs à l'aéroport de Treplew où des complices, montés dans un avion détourné, devaient les conduire au Chili. Tout a parfaitement fonctionné jusqu'à la sortie car là, aucun camion n'était en vue, leur coordinateur qui avait mal interprété le signal, les ayant fait repartir… Une poignée de prisonniers partis en voiture réussirent à monter dans l'avion, mais, leurs complices ne pouvant garder l'appareil au sol plus longtemps, ceux qui étaient partis en taxi de la prison arrivèrent trop tard et furent parqués par les militaires à la base de Treplew où ils furent assassinés. Le documentaire qui croise les témoignages des survivants est bouleversant, avant tout par les destins tragiques qu'il relate.
C'est encore le tragique qui est au cœur du film de Silvio Caiozzi, Fernando ha vuelto (« Fernando est revenu », Chili). Ce documentaire, tourné en1998, montre comment les restes d'un opposant arrêté sous Pinochet sont restitués à sa famille, vingt-cinq ans après sa disparition. À la minutie de la reconstitution du crime (le médecin légiste qui détaille le trajet des balles qui l'ont tué ainsi que les multiples fractures qui témoignent de la violence des coups qu'il a reçus) succède un cérémonial durant lequel les proches peuvent enfin se réapproprier symboliquement le défunt. Ce rituel met en présence plusieurs imaginaires, plusieurs strates de la mémoire collective : le présent, le moment de l'immédiateté qui est saisi par le film, le passé proche, d'où Fernando semble resurgir, au travers du discours du médecin notamment, et un passé beaucoup plus ancien, qui renvoie à l'origine même de nos rites funéraires. Inhumer enfin les restes ne console pas de la perte, n'atténue pes la colère contre les assassins, mais permet de réinscrire la mort dans un devenir, de permettre à celui de Fernando, suspendu, durant vingt-cinq ans, de reprendre son cours, du moins, dans la mémoire des survivants.
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