| . | James Bond |
| . | Festival Ciné Nordica |
| . | Festival Shadows |
| . | Le 11 septembre au cinéma |
| . | Les films de l'été |
| . | Palmarès Cannes |
| . | Histoire du cinéma mexicain |
| . | Super héros et cinéma |
| . | Dossiers Cinéma |
MK2 Editions, mars 2004
Sélect Hôtel. On ne sait comment Laurent Bouhnik est tombé dessus, on ne sait pourquoi il en a fait son plaidoyer du laissé pour compte. Un premier long métrage flou comme l'édition DVD qui nous gondole, entre la fiction et le documentaire.
Face caméra, en position d'interviewé, Adil, gérant des lieux à l'écran comme à la ville, narre ses exploits de cerbère refoulant de l'hôtel tout hôte non conforme aux normes. Mais lesquelles ? L'édifice miteux s'avère une fourmilière pour reclus de la société, à l'image d'Olivier mendiant dans le métro ou de Stéphanie, travesti racoleur. Racoler, c'est bien là tout le modus operandi du film et des bonus. Le summum est atteint avec Chassé-croisé au Sélect Hôtel, doc condensé de confessions intimes des « vrais » résidents, récits d'autodestruction, rêves d'espoir, comme la préfiguration d'une armada de talks shows et magazines de société satyres, aujourd'hui challengers du réseau hertzien.
Par ce faire, le ciné-réalité de Bouhnik est pavé de bonnes intentions. Il voudrait concentrer nos regards vers ces mires peu reluisantes, ces moeurs divergentes du « politiquement correct », desquelles nous nous détournons. Qu'il s'agisse d'omerta carcérale (Zonzon), de toxicomanie (Speedball) ou d'homosexualité féminine (Deux L). Avec cette initiation au long, sa démarche s'affiche plus personnelle. Parisien d'en bas, il s'immerge dans les galères de ses petits frères gavroches ou cosettes, camés et prostituées, voire les deux. Il filme le trottoir, s'y échoit avec eux et finit par l'idéaliser. Au point d'en rejeter ceux qui ne font que passer, citoyens lambdas qu'il accuse de leur éphémérité. L'ex-illustrateur de BD coince dès lors son message dans une bulle étriquée, dont on se demande qui est le lecteur : ces Misérables qu'il targue compter dans son cercle intime ou nous, spectateurs lointains improvisés en Thénardier. Dérapage du pédago au démago mais dérapage contrôlé puisqu'il s'excusera sept ans plus tard d'avoir joué les justiciers, peut-être un « transfert » sur le Surfer d'Argent son démiurge de jeunesse, comme il le confessera pendant le making-of.
Reste que le brouillard pour ne pas dire brouillon de l'entreprise ne se dissipe pas pour autant au générique final. Ce dernier amalgame les « dans leur propre rôle » aux acteurs professionnels. Le geste se veut noble, il n'en demeure pas moins stérile. Car Aminata, Stéphanie ou Karima n'obtiendront jamais le prix Romy Schneider ou celui de la meilleure actrice européenne, Julie Gayet qui n'a été que le paraître de ce qu'elles sont, si. Il faut croire que le septième art français n'était pas encore préparé à la controverse Séverine Caneele* / L'Humanité qui mit Cannes en émoi durant l'édition 1999. Est-on d'autant plus disposé aujourd'hui à un cinéma du réel ? Bouhnik s'en convainc, comme Godard avant lui. Ainsi, Michel Piccoli présageait-il l'attraction du « vouloir authentique » dans Le Mépris : « C'est formidable le cinéma. On voit des filles avec des robes. Le cinéma arrive et on voit leurs culs ».
*ouvrière de formation, elle obtint le prix d'interprétation féminine au grand dam de l'assemblée cannoise
Détail de l'édition :
Zone 2 - VF, sous-titres anglais - Format écran : 16/9e.
Bonus :
* Entreligne avec Laurent Bouhnik
* Entretien avec Julie Gayet
* Entrevue avec Cyril Holtz (mixage) et Jérôme Coullet (musique)
* Chassé-croisé au Sélect Hôtel
* Projet d'affiches
* Bande-annonce
* Bonus cachés
Sélect Hôtel
France / 1997 / 1h25
Un film de Laurent Bouhnik
Avec : Julie Gayet, Serge Blumental, Jean-Michel Fête, Aminata, Adil, Stéphanie, Karima, Olivier.
Disponible en DVD unitaire dès le 3 mars 2004.