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Nous aurons toujours 17 ans. Résurrection au printemps, étape parisienne mi-juin du groupe-phare. Questions : l'esprit Pixies existe-t-il encore ? Qu'est-ce que l'esprit Pixies d'ailleurs ? Le retour des chroniques inactuelles du docteur Léon Murphy sous forme de panégyrique à Franck Black et lady Kim Deal. En pop music, les joies des retours sont éternelles.
C'est fini mais c'est comme ça que ça commence. A vrai dire, les Pixies ne sont jamais partis. Les spectres vifs de Francis (pardon, Frank !), Joey, Kim et David nous ont bien aidé à ne pas nous effondrer, nous autres qui avons quitté l'adolescence au moment même où ils mettaient le feu à leur art, laissant Kurt Cobain, lui, mettre le feu à son destin. Il y a eu une rémanence discontinue mais inlassable des Pixies depuis les douze ans de leur mort officielle. Les Pixies sont morts pour littéralement obséder tout le monde pendant plus de dix ans : de Nirvana (Cobain voulait d'abord faire un groupe qui ne jouerait que des reprises des Pixies) à Radiohead, totalement impensables sans eux. Sans parler de leurs ancêtres, décomposés bien naturellement par l'énergie inouïe, les fulgurances de flammèches fulminantes de ces quatre czars de la pop nerveuse : Bono qui leur demandera de venir jouer avec lui, Robert Smith d'habitude peu impressionnable, David Lynch qui n'a pas osé utiliser Ana dans Lost Highway et même et surtout David Bowie qui n'en peut plus jusqu'à aujourd'hui de se fendre d'hommages à ce « groupe qu'il aimait beaucoup » (on le comprend)... L'acmé de celle-ci, c'est-à-dire le générique de fin de Fight Club (2000), cette comédie intelligente et populaire de David Fincher, n'a été qu'une manière de signaler leur signature indélébile sur l'époque que nous avons expérimenté et expérimentons encore. Anti-héros revendiqués, les Pixies furent nos hérauts. Ils ont demandé pour nous où on avait mis notre tête, nous ont donné des amours gigantesques, ont réclamé la robe ensanglantée, se sont repentis devant le caribou, ont plongé dans le blanc, ont revu Un chien andalou, ont envoyé une lettre à Memphis, ont copulé avec les extra-terrestres et ont appelé le Navajo qui nous emporterait sur son petit tapis volant au milieu des ronds de fumée. Pour simplifier, on dira que l'esprit des Pixies aura surfé sur les années 90 comme celui des Beatles aura survolé les années 60, celui de Zappa & les Mothers défié les années 70 et celui des Residents hanté les années 80. Les Pixies se seront auto-détruits dès 1991, mais leur souffle de liberté et de joie traversera tous les grands groupes des dix années suivantes. Et même les plus tristes. Et même les moins bons.
Les Pixies ont eu raison de ne pas prendre les hommages qu'on leur a rendus au sérieux, et de rejeter toutes les identifications comme les perches tendues. Ils ont surtout eu raison d'arrêter presque plus vite qu'ils n'ont commencé. Ils savaient que la seule chose qui comptait, c'était de tout dire, très vite, et de le balancer comme une fusée pour les siècles de siècles. Les Pixies ne sont pas sentimentaux. Ils détestent s'épancher. Ils ne sont pas naïfs : ils sont toujours beaucoup trop immatures pour ça. Les Pixies construisent des rengaines de teen-agers qui se prennent pour des petites filles et mangent des tacos comme si c'était de la manne. Black Francis a compris que ses origines religieuses - pentecôtistes - lui avaient probablement détruits la tête et qu'il fallait impérativement en faire quelque chose. Déjà, une chanson des Pixies est toujours plus courte que celle d'un autre groupe. Black Francis chante comme s'il venait de passer vingt-trois heures dans un train bondé. Les solos de guitare sont microscopiques. Joey Santiago doit aller droit au but, et plus vite que ça. En trois phrases, Black Francis sort de ses gonds et il faut bien la régularité métronomique parfaite de Kim Deal et de David Lovering pour que tout ne s'épuise en un seul hurlement d'extase... Un morceau doit être net et brutal, sautillant et dévastateur, joyeux (joyeux surtout) et modeste (très, très modeste - on est jamais trop modeste). L'étrangeté des paroles donne surtout l'impression automatique et enfantine (comme les comptines, qui s'établissent par oublis réguliers du sens et remplacement par ressemblances partielles) de quelqu'un qui a oublié les paroles de ses propres chansons au moment où ils les écrivait. Il faut insister sur l'aspect sonore de l'écriture des chansons des Pixies. « Le son des mots » est la matière de Black Francis. Presque intraduisibles sensiblement, les chansons des Pixies semblent être les retranscriptions homophoniques d'une autre chanson disparue. Si Daniel Johnston déforme les chansons qui l'obsèdent (de Live and let die ou What the world need à Every breath you take) et y intègrent ses propres préoccupations, Black Francis, lui, désintègrent ses propres chansons jusqu'à obtenir un tissu narratif impersonnel, mythique, presque malade. Ca n'est Dada que parce que, non l'homme, mais la nature l'est. Ce qui intéresse un dadaïste est sa propre façon de vivre. Mais ici nous abordons les lieux réservés au grand secret. (LIRE LA SUITE)
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